Archives de la catégorie ‘j) Il a osé le dire (43)’

B.Carayon et « le secret des affaires »

« Où comment l’Assemblée Nationale vote l’omerta sur les entreprises »

Alors secret des affaires ou secret tout court ? Sous l’apparence d’une loi nécessaire pour « protéger les emplois, technologies sensibles, des investissements considérables », se cache en réalité une loi visant  essentiellement à protéger du scandale des grandes ou moyennes entreprises peu scrupuleuses.

La proposition de loi déposée par B.Carayon a donc été votée par l’Assemblée nationale lundi 23 janvier, en urgence pourrait-on dire, vite fait avant la fin de la législature.

Le président de l’association des journalistes économiques et financiers, association que l’on ne peut soupçonner de sympathie progressiste ne déclare-t-il pas : « Cela aboutit de fait à nous faire condamner soit pour complicité soit pour recel dans notre quête d’informations, il est à craindre que quelques scandales récents (Mediator, implants mammaires…) n’auraient pas éclatés avec une telle loi. »

En effet, le risque d’encourir une peine de prison ( 3 ans, 375 000 € d’amende) aurait probablement dissuadé les sources internes de l’entreprise qui ont donné l’alerte.

Réponse de Carayon : « Les professionnels de l’information sont appelés à être aussi «  de bons patriotes »… » ; en protégeant des délinquants, étonnante conception du patriotisme ! La définition : secret des affaires est tellement large et floue que tout ce qui concerne la vie des entreprises peut y être inclus.

« Secret-entreprise » comme le secret-défense. Pour le site d’information Mediapart, il s’agit ni plus ni moins d’un « texte liberticide ». Le site ajoute : «  On peut ainsi imaginer qu’à l’avenir relèvent du secret des affaires les comptes offshore de l’entreprise au Liechtenstein ou aux îles Caïman. »

Plus grave si on peut dire, toute publication de documents internes à l’entreprise pourra à l’avenir être susceptible d’être poursuivie, si une telle loi voit le jour.

Finies les enquêtes sur le Crédit Lyonnais, Vivendi, Altran, France Télécoms, le scandale Tapie, EADS ou des Caisses d’Epargne. Merci Bernard Carayon «  spécialiste auto proclamé de « l’intelligence économique » ,  science peu exacte » comme l’écrit un journaliste de Libération.

En conclusion, la journaliste de Mediapart écrit : « Que ce texte liberticide soit contraire à la liberté de la presse, à la Constitution, à la Déclaration des Droits de l’homme,  ne pose manifestement aucun problème aux députés de la majorité(…). Si le Sénat ne bloque pas ce texte, l’épais voile de l’omerta va être mis sur le monde économique. A défaut d’avoir obtenu la dépénalisation du droit des affaires, celui-ci aura au moins gagné le silence. On imagine le soulagement de certains. »

En effet, on imagine…

L’opération enfumage de B.Carayon n’aura trompé personne. Nulle patrie reconnaissante mais entreprises en infraction avec la loi reconnaissantes. Vous avez dit oligarchie ? Vite « la révolution citoyenne »

 

Des voeux de combat contre l’école publique

Etes vous une grenouille qu’on a fini de faire bouillir à petit feu ?

 

Bon, pour la bise sous le gui, on repassera. Jeudi dernier à Poitiers, N.Sarkozy présentait ses vœux « aux acteurs de l’Education Nationale… ». A l’aube de 2012, les enseignants ont été servis et bien servis. Il est vrai que ce président ne se fait aucune illusion sur leur vote à venir.

Les quelques uns d’entre eux qui s’étaient laissés entraîner vers la droite en 2007 ( Il est vrai que Ségolène Royal les avait bien aidés) ont été  plus qu’échaudés ( fermetures de classes, non remplacement d’enseignants, classes aux effectifs surchargés, disparition de la formation des maîtres, etc…).

Alors au Futuroscope, Sarkozy s’est lâché : changement de statut (comprendre taillables et corvéables à merci), autonomie des établissements libres de recruter qui bon leur semble (conception «  managériale » du chef d’établissement qui pourra noter les enseignants, etc…), mise en concurrence des écoles, etc…

En un mot, en avant toute vers la « marchandisation  de l’éducation » (pour un grand marché privé). Il est vrai que ce beau programme « libéral » d’inspiration anglo-saxonne, avait déjà été présenté en novembre 2011 par J.F. Copé à l’occasion de la Convention Education de l’UMP. Personne ne lui avait vraiment prêté attention. C’est dire qu’aujourd’hui, après Poitiers, les choses se précisent et deviennent graves (l’indice sur l’échelle de mécontentement dans les salles de profs est au plus haut).

Après avoir, durant des années, affaibli avec méthode, l’ensemble de l’école publique, le dernier coup d’épaule est donné pour mettre définitivement tout l’édifice républicain par terre. Ce processus s’est déroulé progressivement avec l’aggravation des inégalités (il suffit de constater le recul de la part des enfants des classes populaires à l’université).

L’école à deux vitesses (accentuée par la libéralisation de la carte scolaire) s’est petit à petit installée dans le paysage éducatif. Nul ne peut ou pourra dire qu’il ne savait pas.

Dans un livre paru en octobre 2011 intitulé «  La nouvelle école capitaliste » le sociologue Christian Laval et son équipe analysaient comment depuis 20 ans les politiques éducatives d’inspiration néo libérales ont aggravé la situation. Il constatait : «  La gauche au pouvoir n’a jamais remis en question le nouveau modèle managérial et concurrentiel bien au contraire. Elle n’a pas voulu comprendre que la transformation des systèmes publics par les principes du management était l’une des formes de déploiement du capitalisme contemporain. Celui-ci ne se contente pas de déréguler les marchés de biens, du travail et des capitaux. Il transforme aussi l’action publique. »

Les auteurs déplorent une profonde dépolitisation de la question scolaire avec l’absence de tout projet d’émancipation. Ils se référent à la pensée de Jaurès, la pensée progressiste sur l’éducation avait alors construit un projet de transformation en articulant une vision de la société, une mission pour l’école, une définition du métier d’enseignant et une orientation de la pédagogie. 

On l’aura compris, une école démocratique c’est avant tout une école qui réduit les inégalités entre les enfants des différentes classes sociales «  mais elle ne peut le faire qu’en étant partie prenante d’un grand mouvement de réduction des inégalités dans toute la société. »

Je vous invite à prendre connaissance de l’analyse et des propositions du Front de gauche et de  Jean-Luc Mélenchon : «  L’Ecole, en tant que pilier de la République sociale, y prend toute sa place – éduquer, qualifier, émanciper – telles sont les missions de l’école laïque et républicaine. »

Agissons et engageons nous avant qu’il ne soit trop tard.

« La nouvelle école capitaliste » Christian Laval, Francis Vergnes, Pierre Clément, Guy Dreux. Ed. La Découverte, 19,50 €.

 

Par « effraction »

Un emploi du temps particulièrement chargé (conférence de presse à Albi pour la présentation des candidats du Front de Gauche aux prochaines élections législatives, réunion de parents d’élèves, réunion de quartier à Lameilhé…) m’empêche d’alimenter comme il se doit l’Antidote.

Ne voulant pas vous laisser dans la peine, je vous propose à la fois de (re)découvrir le billet de François Morel sur France Inter , courte chronique écoutée vendredi dernier et un petit jeu fort instructif : remplacer dans votre tête à la première écoute François Baroin par Pascal Bugis (maire de Castres).

On peut s’offrir une deuxième écoute en remplaçant cette fois François Baroin par Bernard Carayon (député-maire de Lavaur). Vous verrez , mais je vous laisse seul juge que l’opération est particulièrement significative. 

De plus l’intervention de François Morel nous donne…vraiment envie de faire «  le casse du siècle » en 2012, présidentielle et législatives et bien sûr en 2014 municipales. 

 

http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=215433

 

 

Les Primaires signent-elles la fin du Parti Socialiste ?

La machine médiatique et sondagière doit-elle choisir le candidat du Parti Socialiste ?

Que vous vous apprêtiez ou pas à voter les 9 et 16 octobre pour choisir le candidat du Parti Socialiste, les réflexions et les questions posées par Rémi Lefebvre, professeur de Sciences Politiques à l’université Lille 2 dans un livre paru début septembre : «  Les primaires socialistes. La fin du parti militant » doivent retenir toute votre attention.

La thèse de Rémi Lefebvre, il est vrai, rompt avec le discours dominant. Pour lui, les primaires ne sont pas qu’une « avancée démocratique », elles sont d’abord un symptôme de la crise que traverse ce parti, caractérisée par une « excessive professionnalisation des cadres du parti », « un assèchement de l’action militante », un « poids excessif des élus et des cumulants », un « décrochage par rapport au monde du travail », un « effritement des rapports avec le monde syndical et associatif », et une «illisibilité de la ligne politique ».

De plus, pour l’auteur, la décision prise par le PS n’est pas simplement « une réponse institutionnelle apportée face à l’échec de la «  rénovation » du parti et à son manque d’ancrage social ».

C’est aussi un tournant majeur dans l’histoire du parti et ce, pour 2 raisons. La première est liée à la « redéfinition » du militantisme, le militant n’a plus qu’un rôle électoral (de type Parti Démocrate américain). La deuxième raison, la primaire remet en cause la « fonction idéologique et programmatique » et le projet n’y changera rien. Le candidat qui sera investi par plus d’un million de personnes, s’il est victorieux à l’élection présidentielle, sera enclin à s’émanciper de son parti.

Les primaires entérinent à l’intérieur même du PS une présidentialisation dans le droit fil de la V° République. Nous constatons aujourd’hui, dans le débat, une prime à la personnalisation et aux logiques d’opinion à court terme.

Nous constatons chaque jour que les sondages d’opinion ou les petites phrases font la pluie et le beau temps (peu de débats d’idées à part Montebourg, les catégories populaires mises de côté) ,ces jours ci, par exemple diverses interventions pour savoir : alors pacte ou pas pacte ? Passionnant alors que les priorités de nos concitoyens sont dans l’ordre, l’emploi, le pouvoir d’achat, la santé, l’éducation, etc…

De plus, la primaire, comme nous le voyons (excès de zèle pour réduire les déficits, etc…) accentue la dérive vers le Centre (et on n’a pas tout vu, en tout cas, je vous aurai prévenu).

A propos des sondages, Rémi Lefebvre revient à l’élection présidentielle de 2007. Il explique que si Ségolène Royal a remporté la primaire fermée, c’est uniquement parce qu’elle est apparue comme la plus à même de battre Nicolas Sarkozy, le fameux cercle médiatico-sondagier…

« En publiant un sondage qui est favorable à un candidat, un journal renforce une position qui sera  « mesurée » par un nouveau sondage dont la publication aura pour effet de la renforcer… » et ainsi de suite d’autant plus que chacun s’accorde à dire que les sondages concernant la primaire ne peuvent être fiables en raison de la méconnaissance du corps électoral .

Ce livre fort instructif permet une prise de conscience concernant l’avenir du PS et de la Gauche , alors en votant ou pas, les 9 et 16 octobre, vous ne pourrez pas vous empêcher de penser :  ces primaires, fuite en avant ou pas ? Le projet du Parti socialiste aura-t-il encore un sens ?  A l’ordre du jour, chacun le comprend, c’est bien la VI° République qui doit s’imposer (certains disent « la révolution citoyenne ») à toute la Gauche. 

Les Primaires socialistes. La fin du parti militant. Rémi Lefebvre. Ed.Raisons d’agir, 172p. 8€.

La société des Socialistes. Rémi Lefebvre avec Frédéric Sawicki.Ed. du Croquant, 2006.

 

Bernard Carayon part en croisade

Une haine permanente…qui conduit à l’horreur

Loin , mais très loin, de nous faire part de son émotion face au drame que connaît la Norvège, voire de ses réflexions concernant le « manifeste » écrit par l’assassin, le député du Tarn brandit son étendard marqué d’une croix celtique, étendard de sa jeunesse (GUD, Occident, Ordre nouveau) pour partir en croisade, non contre les thèses qui ont armé le bras du criminel mais contre ...le MRAP dont vous lirez le communiqué de presse ci-dessous:

«  Après les épouvantables tragédies de Norvège le MRAP en appelle à plus de vigueur et de responsabilité contre la xénophobie et le rejet de l’  « autre »

Le MRAP apporte son soutien au peuple norvégien et toute sa compassion aux familles des victimes si durement éprouvées par les deux violents attentats d’hier samedi 22 juillet 2011 à Oslo, qui auraient fait au moins quatre-vingt-sept morts.

Il condamne cet acte horrible commis, selon les informations rendues publique à ce jour, par un fanatique d’extrême-droite présenté comme un fondamentaliste chrétien, nationaliste et violemment hostile aux musulmans.

Mais cette tuerie ne saurait se réduire au seul acte d’un déséquilibré. La mémoire des victimes nous impose de déterminer toutes les causes et responsabilités de ce crime épouvantable.

En Norvège, le « Parti du Progrès », nationaliste et xénophobe, à recueilli plus de 22% aux élections législatives de 2009. Sa leader a fait de l’islamophobie – ou plus exactement de la « musulmanophobie » – la matrice de son discours politique. Ceci ne pouvait rester sans conséquences.

Dans toute l’Europe, les partis populistes et les extrêmes droites – “Front National” en France, “Parti du progrès” en Norvège, “Démocrates suédois” (parti politique suédois nationaliste), « Parti du peuple danois » (PPD),  « Jobbik » de Hongrie…( que leurs personnalités s’appellent Siv Jensen en Norvège, Geert Wilders au Pays Bas ou Marine Le Pen ) – sans oublier en France la droite extrême qu’est la « Droite populaire » de l’UMP qui est présente au gouvernement – portent une lourde responsabilité dans le climat délétère qui pèse sur le continent tout entier.

Après cette épouvantable tragédie – qui ne peut être dissociée de cette sombre réalité – le MRAP en appelle à plus de vigueur dans la lutte contre les groupuscules d’extrême-droite racistes ainsi qu’à plus de responsabilité pour combattre des politiques dont on sait qu’elles entretiennent la xénophobie et le rejet de l’Autre. »



Monsieur «  apéritif saucisson-vin rouge » éructe, demande que l’État prive le MRAP de toute subvention, perd tout contrôle de lui-même, rajoutant que l’association est «  issue historiquement du PC qui ne s’est jamais repenti des 100 millions de victimes de son idéologie totalitaire ». Quel rapport ? Retour d’Ordre Nouveau ( groupuscule extrémiste dissous fin des années 60), Carayon fait plus fort que le FN et ce faisant le maire de Lavaur reprend un passage du « manifeste » du criminel. Il fallait oser ! Il a osé.

Nul ne peut nier le lien entre le massacre et la montée des partis d’extrême-droite islamophobes en Europe. La haine distillée quotidiennement des étrangers, des immigrés, du multiculturalisme, conduit inexorablement à la violence. Voilà où mène aussi l’idéologie du choc des civilisations, l’incompatibilité des cultures, etc…

L’acte a bien été prémédité, les contacts existent avec d’autres pays d’Europe, les motivations sont bien idéologiques et politiques et la « Droite populaire » chère à B.Carayon par ses diatribes répétées contre les musulmans, les immigrés participent à ce discours de haine insupportable.

Rejeter toute banalisation des idéologies nationalistes, racistes et xénophobes est bien la tâche de l’heure pour éviter d’autres drames.

Dernière minute : à lire un nouveau communiqué de presse du MRAP :  » Le MRAP continuera à dénoncer le vent mauvais qui souffle sur l’Europe »