B.Carayon et « le secret des affaires »
Publié dans j) Il a osé le dire (43), le 03/02/2012 à 6:02, par Philippe Guerineau« Où comment l’Assemblée Nationale vote l’omerta sur les entreprises »
Alors secret des affaires ou secret tout court ? Sous l’apparence d’une loi nécessaire pour « protéger les emplois, technologies sensibles, des investissements considérables », se cache en réalité une loi visant essentiellement à protéger du scandale des grandes ou moyennes entreprises peu scrupuleuses.
La proposition de loi déposée par B.Carayon a donc été votée par l’Assemblée nationale lundi 23 janvier, en urgence pourrait-on dire, vite fait avant la fin de la législature.
Le président de l’association des journalistes économiques et financiers, association que l’on ne peut soupçonner de sympathie progressiste ne déclare-t-il pas : « Cela aboutit de fait à nous faire condamner soit pour complicité soit pour recel dans notre quête d’informations, il est à craindre que quelques scandales récents (Mediator, implants mammaires…) n’auraient pas éclatés avec une telle loi. »
En effet, le risque d’encourir une peine de prison ( 3 ans, 375 000 € d’amende) aurait probablement dissuadé les sources internes de l’entreprise qui ont donné l’alerte.
Réponse de Carayon : « Les professionnels de l’information sont appelés à être aussi « de bons patriotes »… » ; en protégeant des délinquants, étonnante conception du patriotisme ! La définition : secret des affaires est tellement large et floue que tout ce qui concerne la vie des entreprises peut y être inclus.
« Secret-entreprise » comme le secret-défense. Pour le site d’information Mediapart, il s’agit ni plus ni moins d’un « texte liberticide ». Le site ajoute : « On peut ainsi imaginer qu’à l’avenir relèvent du secret des affaires les comptes offshore de l’entreprise au Liechtenstein ou aux îles Caïman. »
Plus grave si on peut dire, toute publication de documents internes à l’entreprise pourra à l’avenir être susceptible d’être poursuivie, si une telle loi voit le jour.
Finies les enquêtes sur le Crédit Lyonnais, Vivendi, Altran, France Télécoms, le scandale Tapie, EADS ou des Caisses d’Epargne. Merci Bernard Carayon « spécialiste auto proclamé de « l’intelligence économique » , science peu exacte » comme l’écrit un journaliste de Libération.
En conclusion, la journaliste de Mediapart écrit : « Que ce texte liberticide soit contraire à la liberté de la presse, à la Constitution, à la Déclaration des Droits de l’homme, ne pose manifestement aucun problème aux députés de la majorité(…). Si le Sénat ne bloque pas ce texte, l’épais voile de l’omerta va être mis sur le monde économique. A défaut d’avoir obtenu la dépénalisation du droit des affaires, celui-ci aura au moins gagné le silence. On imagine le soulagement de certains. »
En effet, on imagine…
L’opération enfumage de B.Carayon n’aura trompé personne. Nulle patrie reconnaissante mais entreprises en infraction avec la loi reconnaissantes. Vous avez dit oligarchie ? Vite « la révolution citoyenne »
Bon, pour la bise sous le gui, on repassera. Jeudi dernier à Poitiers, N.Sarkozy présentait ses vœux « aux acteurs de l’Education Nationale… ». A l’aube de 2012, les enseignants ont été servis et bien servis. Il est vrai que ce président ne se fait aucune illusion sur leur vote à venir.
Après avoir, durant des années, affaibli avec méthode, l’ensemble de l’école publique, le dernier coup d’épaule est donné pour mettre définitivement tout l’édifice républicain par terre. Ce processus s’est déroulé progressivement avec l’aggravation des inégalités (il suffit de constater le recul de la part des enfants des classes populaires à l’université).
Dans un livre paru en octobre 2011 intitulé « La nouvelle école capitaliste » le sociologue Christian Laval et son équipe analysaient comment depuis 20 ans les politiques éducatives d’inspiration néo libérales ont aggravé la situation. Il constatait : « La gauche au pouvoir n’a jamais remis en question le nouveau modèle managérial et concurrentiel bien au contraire. Elle n’a pas voulu comprendre que la transformation des systèmes publics par les principes du management était l’une des formes de déploiement du capitalisme contemporain. Celui-ci ne se contente pas de déréguler les marchés de biens, du travail et des capitaux. Il transforme aussi l’action publique. »
Que vous vous apprêtiez ou pas à voter les 9 et 16 octobre pour choisir le candidat du Parti Socialiste, les réflexions et les questions posées par Rémi Lefebvre, professeur de Sciences Politiques à l’université Lille 2 dans un livre paru début septembre : « Les primaires socialistes. La fin du parti militant » doivent retenir toute votre attention.
A propos des sondages, Rémi Lefebvre revient à l’élection présidentielle de 2007. Il explique que si Ségolène Royal a remporté la primaire fermée, c’est uniquement parce qu’elle est apparue comme la plus à même de battre Nicolas Sarkozy, le fameux cercle médiatico-sondagier…
