Archives de la catégorie ‘l) Le dessous des cartes (59)’

RASED sabordés

A partir de la rentrée 2012, plus de 250 000 élèves par an n’auront plus d’aides spécialisées, plus de 3 000 dans le Tarn.

 

La nouvelle carte scolaire révèle un véritable abandon du service public d’éducation. L’école toute entière est touchée avec des conséquences tragiques pour les plus fragilisés de ses élèves, ceux qui bénéficiaient jusqu’à maintenant des RASED. Bien sûr, on savait déjà les conséquences des coupes budgétaires drastiques contre l’éducation. Faut-il le rappeler : augmentation des effectifs par classe, dégradation des formations initiale et continue des maîtres, diminution des postes de remplaçants, abandon de la scolarisation des 2 ans, conditions dégradées de scolarisation pour les élèves en situation de handicap sans parler des 14 000 suppressions de postes (au total 60 000).

Plus grave, si on peut dire, le ministère toute honte bue, ose s’attaquer aux postes des RASED (Réseau d’aide spécialisée aux élèves en difficulté). Des milliers d’élèves sont sacrifiés (la plupart issus des catégories sociales défavorisées), sous couvert d’une dette publique qui masque en réalité une vision ultra libérale de l’éducation.

S’attaquer aux RASED, c’est laisser des enfants pour lesquels la réponse pédagogique du maître de la classe n’est pas suffisante, s’enfoncer résolument dans l’échec scolaire, la violence ou l’exclusion.

C’est ne plus accompagner les familles et délaisser les enseignants désarmés par des enfants qui n’apprennent pas. La difficulté scolaire est complexe. L’école a besoin de professionnels spécialisés pour enrayer l’échec scolaire puis…le décrochage scolaire. Les conséquences de ce naufrage coûteront très cher par la suite à la société toute entière.

Les deux députés de droite du Tarn portent une lourde responsabilité en laissant faire. En effet, pour la rentrée 2012, sur plus de 1200 suppressions de postes d’aides spécialisées, le Tarn est concerné par 30 suppressions.

A ce jour, le Tarn compte 18 RASED, avec chacun trois catégories de personnels (psychologue, maître E, maître G) permettant dans une année le suivi de 100 à 150 enfants ; au total c’est donc plus de 3000 enfants qui ne recevront plus d’aide spécialisée (quel gâchis ! c’est à dire, je le répète, échec scolaire, décrochage scolaire, difficultés difficiles à surmonter dans les collèges …).

Pour compléter, qu’entend-on par aides spécialisées bien différente de l’aide personnalisée? Elles concernent des élèves qui rencontrent des difficultés durables liées à des difficultés d’apprentissage ou d’adaptation aux attentes scolaires. Elles sont dispensées par des enseignants spécialisés qui ont reçu une formation complémentaire.Exemple, un enseignant spécialiste chargé de l’aide aux apprentissages (maître E) et un autre chargé de la prévention des difficultés à devenir élève (maître G). Ce dernier va utiliser des médiations pour aider à restaurer l’estime de soi et l’envie d’apprendre.

Elèves sacrifiés pour beaucoup en situation de souffrance, de nombreuses familles défavorisées sans recours, voilà la politique des Sarkozy-Carayon-Folliot. Assez , arrêtez le massacre !

Dans le Tarn, l’association  des psychologues scolaires (AME 81), ARENE 81, la FCPE, SE UNSA, SNUIPP FSU, SUD Education, demandent d’arrêter les attaques contre les RASED et de mettre un terme aux suppressions d’emplois dans l’Education nationale (la pétition est à renvoyer impérativement le 8 février 2012 pour une remise au préfet lors du CDEN du 10/02/2012)

 

Touche pas à mon lycée

Quand des lycéen(nes), enseignant(e)s, parents d’élèves aiment et défendent leur lycée

 

Il s’agit du lycée professionnel Anne Veaute, lycée bien connu à Castres.Vous vous souvenez peut être, c’était le jeudi 15 décembre, les enseignants du lycée Anne Veaute étaient en grève avec quelques élèves et des représentants de parents d’élèves. Ils manifestaient devant leur établissement afin de faire savoir qu’ils s’opposaient à la suppression de la section Bac Pro Secrétariat, sans ouverture du Bac Pro Gestion Administration à la rentrée 2012 (La Dépêche du midi, 16/12)

Une délégation fut reçue le 16 décembre  au rectorat de l’Académie de Toulouse. Celle-ci a fait valoir tous les efforts entrepris depuis des années pour renforcer l’attractivité du lycée (nouveau parc informatique, projets axés sur la mobilité européenne- projet Leonardo, stages en Espagne et en Grande Bretagne, cours de DNL…-).

La délégation a expliqué que cette formation répondait à une attente d’emplois du Bassin castrais « en consolidant la reconversion économique, en épaulant les implantations locales de grands groupes industriels sur le territoire et en dynamisant le issu des PME existantes. »

Qu’est-il ressorti de cet entretien ?

Cette formation ne serait pas maintenue au lycée Anne Veaute mais uniquement proposée dans l’enseignement privé sur la ville de Castres, en l’occurrence au lycée Notre Dame (oui, vous avez bien lu). De là à penser que la suppression de la formation n’est dictée que par un choix politique, il n’y a qu’un pas…que l’on peut franchir aisément.

Aujourd’hui, les enseignants, les membres élus au Conseil d’administration, les représentants syndicaux demandent à être reçus par M. le Maire de Castres, M. le Député, M.Le Président de la Région. Ils font savoir que les élèves accueillis dans ces formatons sont souvent de conditions sociales modestes et qu’il est de l’honneur de l’école publique de proposer à tous, sans conditions de ressources, la possibilité de se former, d’où la nécessité du choix de l’enseignement public, laïque et gratuit.

Ils comptent sur le soutien des élus pour maintenir l’accès à l’école publique sur Castres.

Espérons qu’ils seront entendus et que maire et député (enfin lassés de leur querelle de cour de récréation, eh oui, c’était la grande actualité locale cette dernière semaine) défendront avec efficacité le dossier.

 

Les « 10 stratégies de manipulation de masse »

« Armes silencieuses pour guerres tranquilles »

Noam Chomsky, linguiste et philosophe américain,  a élaboré une liste de dix stratégies de manipulation à travers les médias issues de ses observations.

L’ensemble de ces stratégies fait partie du “système d’Etat” . Le contrôle d’une partie importante des médias est évidemment un pré-requis pour que tout cela fonctionne, que ce soit par nomination directe des directeurs ou par copinage. 

Je reproduis la liste ci-dessous. Elle détaille l’éventail, depuis la stratégie de la distraction, en passant par la stratégie de la dégradation jusqu’à maintenir le public dans l’ignorance et la médiocrité…

Pour chacune des stratégies, à travers l’actualité nationale et internationale, à vous de trouver les exemples qui s’imposent, ils ne manquent pas, vous verrez, c’est facile. 

1/ La stratégie de la distraction

Élément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes. La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles, dans les domaines de la science, de l’économie, de la psychologie, de la neurobiologie, et de la cybernétique. « Garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser; de retour à la ferme avec les autres animaux. »

Exemples : ………………………………………………………………………………….. 

2/ Créer des problèmes, puis offrir des solutions

Cette méthode est aussi appelée « problème-réaction-solution ». On crée d’abord un problème, une « situation » prévue pour susciter une certaine réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des mesures qu’on souhaite lui faire accepter. Par exemple: laisser se développer la violence urbaine, ou organiser des attentats sanglants, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de la liberté. Ou encore : créer une crise économique pour faire accepter comme un mal nécessaire le recul des droits sociaux et le démantèlement des services publics.

Exemples : ………………………………………………………………………………….. 

3/ La stratégie de la dégradation

Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en « dégradé », sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles (néolibéralisme) ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution s’ils avaient été appliqués brutalement.

Exemples : ………………………………………………………………………………….. 

4/ La stratégie du différé

Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme « douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat. D’abord parce que l’effort n’est pas à fournir tout de suite. Ensuite parce que le public a toujours tendance à espérer naïvement que « tout ira mieux demain » et que le sacrifice demandé pourra être évité. Enfin, cela laisse du temps au public pour s’habituer à l’idée du changement et l’accepter avec résignation lorsque le moment sera venu.

Exemples : ………………………………………………………………………………….. 

5/ S’adresser au public comme à des enfants en bas-âge

La plupart des publicités destinées au grand-public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton particulièrement infantilisants, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur était un enfant en bas-âge ou un handicapé mental. Plus on cherchera à tromper le spectateur, plus on adoptera un ton infantilisant. Pourquoi ? « Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celles d’une personne de 12 ans ».

Exemples : ………………………………………………………………………………….. 

6/ Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion

Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements…

Exemples : ………………………………………………………………………………….. 

7/ Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise

Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. « La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être la plus pauvre, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures.

Exemples : ………………………………………………………………………………….. 

8/ Encourager le public à se complaire dans la médiocrité

Encourager le public à trouver « cool » le fait d’être bête, vulgaire, et inculte…

Exemples : ………………………………………………………………………………….. 

9/ Remplacer la révolte par la culpabilité

Faire croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sans action, pas de révolution!…

Exemples : ………………………………………………………………………………….. 

10/ Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes

Au cours des 50 dernières années, les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes. Grâce à la biologie, la neurobiologie, et la psychologie appliquée, le « système » est parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois physiquement et psychologiquement. Le système en est arrivé à mieux connaître l’individu moyen que celui-ci ne se connaît lui-même. Cela signifie que dans la majorité des cas, le système détient un plus grand contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes.

Exemples : …………………………………………………………………………………..

 

Chronique du racisme ordinaire

A Castres, cela devient tragiquement une habitude.

 

Ce matin au réveil, radio 100% puis La Dépêche du Midi, nos deux organes d’information relatent (une fois de plus) des actes inadmissibles accomplis par l’extrême droite.

J’apprends donc ce jour et certains de mes élèves m’en parleront aussitôt arrivés au collège : arrestation d’un ex-militaire du 8° RPIMA se revendiquant clairement militant actif du Front National. Celui-ci reconnaît (il n’avait pas le choix, traces ADN relevées, beau travail de la police) la profanation de tombes musulmanes au cimetière de La Barque. C’était le 7 janvier.

Il revendique son acte : «Face à l’invasion arabo-musulmane (…)». Une nouvelle fois, sentiment de dégoût, de honte pour notre ville ; on en viendrait même à …s’habituer.

Ce blog  avait déjà évoqué longuement le 15 décembre 2009 «  Un acte odieux et criminel dans notre ville », le 16 décembre 2009 « La profanation de la mosquée toujours dans les cœurs », le 22 juillet 2010 « Local du MRAP détérioré » sans oublier le 4 juillet 2011, « Une stratégie de la tension bien orchestrée ». Ce dernier article faisait suite à une expédition punitive de plusieurs dizaines de jeunes gens criant des slogans racistes, en direction d’un bar tenu par des jeunes d’origine maghrébine.

J’avais alors évoqué une porosité certaine entre une compagnie du 8 et les idées du Front National. Le colonel d’alors, Philippe du Chaxel, à l’occasion d’une interview surréaliste dans La Dépêche du Midi avait refusé de reconnaître les faits.

De même, le maire de Castres interpellé lors d’un Conseil municipal, s’était refusé à condamner clairement la profanation de la mosquée. Comment s’étonner alors que des actes à caractère ouvertement raciste se perpétuent dans notre ville ? Encore, dirai-je, quelqu’un issu du 8… Est ce un hasard ? (Bien sûr, l’ensemble du régiment n’est pas responsable) .

Militant actif du Front National … et dire que quelques naïfs ou faux naïfs continuent à croire à la «  dédiabolisation » de ce parti  et dire que des députés UMP de la « droite populaire » reprennent sans fausse honte les thèmes de ce parti. Sans attendre, le maire de Castres et le député-maire de Lavaur doivent condamner sans réserve un tel acte et manifester toute leur sympathie envers nos concitoyens de religion musulmane.

Procès prévu le 7 décembre devant le tribunal correctionnel de Castres.

 

Est ce ainsi que les hommes politiques vivent ?

« L’Exercice de l’Etat »

 

Disons le d’emblée, le film de Pierre Schoeller est passionnant. Son sujet : le pouvoir, comment le conquérir ou comment le garder ?

L’histoire, celle d’un ministre des transports, dans un premier temps contre la privatisation des gares puis s’engageant sans trouble apparent dans celle-ci. Comment sauver sa peau, en s’octroyant une ville à conquérir pour son parachutage aux municipales malgré les conséquences pour les élus déjà en place ?

Comment se fait la politique au quotidien, au cœur d’un cabinet, sous l’influence du parti majoritaire. Pas d’état d’âme. Comment au-delà des apparences, des effets de tribune, « l’Exercice de l’Etat » doit se poursuivre . Le film démonte tous les mécanismes, de coups bas en concessions, toujours la Raison d’Etat.

L’action se déroule au ministère des transports avec son directeur de cabinet, la chargée de communication, les conseillers, un proche du ministre qui explique pourquoi il ne veut plus servir l’Etat (qui a perdu tout son pouvoir) pour aller pantoufler dans une grande société du CAC 40.

L’action pourrait d’ailleurs se dérouler au sein du cabinet d’une grande ville, d’un département ou d’une région. Toujours un petit cercle de gouvernants en constante ébullition mais souvent coupés de la réalité. Force est de constater que l’actualité politique nationale ou départementale ( faite de marchandages et de parachutages) nous ramène au film.

Au détour d’une visite ministérielle, au détour d’une rencontre avec une infirmière, face au silence du chauffeur (ex-chômeur de longue durée), le mouvement social surgit et indique avec force le fossé qui se creuse entre le peuple et ses dirigeants.

Le film est rythmé comme un thriller, l’inattendu surgit à chaque instant, la musique est fascinante, les acteurs Olivier Gourmet, Michel Blanc, Zabou Breitman, sont convaincants. C’est vous dire que l’on ne s’ennuie pas un seul instant.
Mais la politique doit-elle se limiter à cette chronique de la comédie humaine, à ce cynisme permanent ? Certains qui se revendiquaient d’une « politique autrement » sombrent à leur tour dans les délices des petits jeux de pouvoir. Une autre issue est possible, c’est « la révolution citoyenne » . Nous en reparlerons.