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Ce soir, à la télé… et l’édito de J-C Guillebaud

En un rapprochement hasardeux, je vous l’accorde, se télescopent dans la programmation télé, un film de piètre qualité avec dans le rôle principal Sarkozy, le bonimenteur  bien servi sans doute par son faire-valoir attitré (France 2) et l’un des plus beaux films de l’histoire du cinéma : « L’homme qui tua Liberty Valance » de John Ford (Arte).

Au vu de l’actualité récente, scandales divers, intérêts financiers, attaques contre la presse, il y a pourtant de sacrés points communs entre les deux films mais bien évidemment toute ressemblance avec des personnages existant ou ayant existé serait  totalement fortuite.

 A vous de les découvrir. Pour vous y aider, je vous propose de lire le synopsis du film de John Ford (source Wikipedia) :

En 1910, le sénateur Stoddard et sa femme Hallie, un couple âgé, reviennent à Shinbone, dans l’Ouest, pour l’enterrement de Tom Doniphon. Le journaliste local, intrigué par la présence d’un sénateur venu assister à l’enterrement d’un cow-boy inconnu, presse Stoddard de s’expliquer. Stoddard, d’abord réticent, finit par accepter. Il évoque l’époque où fraîchement diplômé en droit, il débarqua avec l’idéal d’apporter la légalité dans l’Ouest.

Peu avant son arrivée à Shinbone, la diligence est attaquée par une bande de hors-la-loi. Stoddard est dévalisé et frappé par leur chef qui le laisse pour mort. Tom Doniphon le trouve, lui apprend le nom de son agresseur : Liberty Valance, un bandit de notoriété publique, et le dépose dans le restaurant de Hallie (sa fiancée) et de ses parents. Stoddard, encore faible, parle de faire arrêter Valance, ce qui provoque les sarcasmes de Doniphon. à Shinbone, c’est la loi des armes qui prévaut. Stoddard n’obtient pas plus le soutien du shérif, couard notable.

En échange de son travail au restaurant, il est logé par Hallie. Lorsque Valance le provoque, c’est Doniphon aidé de Pompey qui le défendent, lui prouvant par là que seul le revolver peut protéger un homme. Stoddard refuse pourtant de renoncer à la voie légale. Il enseigne la lecture et l’écriture, donne des rudiments d’éducation civique aux enfants et s’entraîne secrètement au revolver. Stoddard est devenu l’ami de Peabody, le journaliste de Shinbone, qui dénonce la volonté des grands propriétaires de bétail de maintenir le Colorado en parcours ouvert, ce qui empêche le développement de la ville. Les grands propriétaires ont de plus engagé Liberty Valance, qui n’hésite pas à s’attaquer aux fermiers isolés pour servir leurs intérêts. La solution serait de faire entrer le Colorado dans l’Union et, justement, l’élection des représentants pour la Convention va avoir lieu. Le jour de l’élection, Doniphon refuse d’être candidat et, malgré les tentatives d’intimidation de Valance, ce sont Peabody et Stoddard qui sont élus aux dépens de Valance. Ce dernier, furieux, somme Stoddard de quitter la ville ou de l’affronter en duel le soir même.

Peabody, qui vient de rédiger un article sur la défaite de Valance, est fouetté rudement par le bandit, non sans avoir défendu (vaillamment et verbalement) la liberté de la presse. Stoddard, pour qui trop c’est trop, refuse de quitter la ville comme tous l’y engagent. Il prend son arme et sort dans la rue pour attendre Valance. Ce dernier sort et, après un tir d’intimidation, blesse Stoddard au bras. Stoddard ramasse l’arme de la main gauche pendant que Valance le met en joue. Les deux hommes tirent en même temps et Valance s’écroule, mort. Stoddard retourne vers Hallie qui le soigne. Doniphon, voyant la scène, pense avoir perdu Hallie et brûle la maison qu’il bâtissait pour le mariage.

Peabody et Stoddard se rendent à la convention où l’homme qui a tué Liberty Valance est perçu comme un héros. Peabody le propose comme candidat pour représenter le parti pro-Union à Washington, mais Stoddard, écœuré, s’apprête à retourner dans l’est. Doniphon l’arrête alors, lui révélant qu’en réalité, c’est lui-même qui a tiré sur Valance et l’a tué au moment de l’échange de coups de feu. Stoddard retourne pour se faire élire.

Les journalistes qui écoutent son récit décident de ne point faire paraître l’article. Ainsi, l’histoire véritable de Tom Doniphon reste cachée pour toujours, car la légende doit survivre.  

Bonne soirée !

Lu dans le Quotidien Sud-Ouest, l’édito de Jean-Claude Guillebaud (le 11 juillet) :

Un climat crépusculaire

Effarement ? Dégoût ? Tristesse ? Colère ? On ne sait quel mot choisir. Ce n’est plus seulement Nicolas Sarkozy qui s’abîme aujourd’hui dans le feuilleton des affaires, c’est l’État lui-même, la morale publique, les grandes institutions. Nous baignons dans une atmosphère crépusculaire, étouffons dans un climat puant. Et nul ne peut dire sur quoi tout cela débouchera. Oh, certes, ce n’est pas la première fois que les « affaires » défigurent la République. Vérification faite dans mes archives, j’avais consacré pas moins de vingt « Paris-Province » aux divers scandales du deuxième septennat de François Mitterrand (Pelat, Tapie, Société générale, etc.). Ces chroniques n’étaient ni tendres ni joyeuses.

Il n’empêche ! Jamais, à aucun moment, l’État n’avait donné l’impression de se déliter aussi vite qu’aujourd’hui. En témoigne la panique qui s’est visiblement emparée du sommet de l’État. Pression policière sur l’ex-comptable, fuites organisées, instrumentalisation d’une partie de la magistrature, mobilisation comparable de l’administration fiscale, attaques insensées contre le site Mediapart, etc. Tout cela est absurde, totalement absurde. Pour ne reprendre que le dernier point, les « éléments de langage » mis au point à l’Élysée ont transformé les leaders de la majorité en « aboyeurs ».

C’est non seulement indigne mais c’est idiot. Attaquer notre confrère Edwy Plenel et sa rédaction en les traitant de « fascistes » a déjà eu pour effet de mobiliser l’ensemble des médias, droite et gauche confondues, qui s’indignent de diffamations aussi « énaurmes » venues d’en haut. Même les éditorialistes qui n’avaient pas de sympathie particulière pour l’ancien directeur de la rédaction du « Monde » se retrouvent aujourd’hui à ses côtés. Et qu’on ne parle pas de « corporatisme ». Un réflexe identique mobilise les chercheurs, sociologues ou spécialistes des médias qui, comme le courtois Dominique Wolton, n’en reviennent pas. On s’alarme à bon droit, en effet, quand des responsables en viennent à s’exprimer comme des mafiosi réglant des comptes.

Ce n’est pas tout. J’ai épluché avec attention le dossier publié jeudi par notre excellent confrère « Courrier international ». C’est peu de dire que cet ensemble d’articles est humiliant pour les citoyens que nous sommes. Un peu partout sur la planète, en effet, la presse se gausse – avec une violence incroyable – des dérapages répétés du sarkozysme. Les éditorialistes italiens se moquent d’un « pouvoir désinvolte » et d’un « feuilleton digne d’une pièce de Feydeau » ; le quotidien espagnol « El Pais » ironise sur le glissement qui aura conduit Sarkozy « de la Roleix à la pénitence » ; l’hebdomadaire allemand « Der Spiegel » sourit de l’aménagement d’un coûteux Airbus présidentiel (176 millions d’euros), digne « d’un riche Russe ou d’un émir du pétrole » ; le quotidien suisse « Neue Zürcher Zeitung » dénonce roidement la Sarkozie et ses ministres « sans foi ni loi ». Ni les Chinois, ni les Russes, ni les Africains ne sont en reste.

Quant au prestigieux magazine américain « Vanity Fair » (cité par « Le Monde » du 7 juillet), il va plus loin encore. « Comme Nixon pendant le Watergate, Sarkozy risque de mourir à petit feu », écrit l’éditorialiste Julia Sancton, « et il tente de minimiser les dégâts. Et comme ils l’ont fait pendant le Watergate, les hommes politiques les plus puissants, ceux qui étaient au cœur du scandale, sont restés à leur poste alors que leurs collaborateurs ont été jetés par-dessus bord comme du ballast. Et comme lors du Watergate, je présume que les révélations vont se poursuivre ». Attendons-nous, en effet, à ce qu’on parle encore et encore d’argent liquide, d’enveloppes occultes, de passe-droits supposés et de soupçons troublants. Et cela alors même que la rigueur s’abat comme un orage de grêle sur les salariés et sur les plus pauvres. On célébrait récemment le 18 Juin. Reviens de Gaulle, ils sont devenus fous !

 

Gérard Larcher, le bon apôtre

«  Garde toi, tant que tu vivras,

  de juger des gens sur la mine » (1)

Samedi 3 juillet, à Graulhet, se tenait le 59ème Congrès des Maires et des Elus Locaux du Tarn. J’avais beaucoup hésité avant de me rendre à cette assemblée annuelle, au rituel bien rodé, sorte de grande messe laïque, qui ne laisse place ni à l’improvisation ni surtout à un réel débat démocratique concernant les problèmes du moment. Toutefois autour de l’apéritif , c’est l’occasion de rencontrer quelques amis.

Cette année, l’affiche est alléchante puisque le Président du Sénat est l’invité vedette . Je ne serai pas déçu. Pour aller à l’essentiel, Jean-Marc Pastor, sénateur mais aussi questeur (il n’y en a que 3 à remplir cette fonction de grand argentier), accueille comme il se doit son «  ami de 15 ans » en présence de 320 élus.

Le sénateur du Tarn présente Gérard Larcher en distinguant l’Homme ( avec un H majuscule), le Président du Sénat et le politique . L’homme, tout d’abord, vous ne le saviez pas, est loyal, fidèle en amitié (défense de rire), gros travailleur. Le Président s’attache à «  re-moraliser » ( sic) la maison Sénat ( y’a du boulot !), il sait écouter la minorité. Le politique : dans son for intérieur, c’est un humaniste(félicitations).

Bien évidemment, quand on invite quelqu’un, autant être poli et courtois mais je trouve cette présentation bien déséquilibrée.

Gérard Larcher reste avant tout un hiérarque de l’UMP, engagé très jeune à droite ( UJP), maire à plusieurs reprises de Rambouillet, sénateur des Yvelines, la circonscription dans laquelle se trouve sa ville était celle de Christine Boutin. Il fut ministre des gouvernements de Raffarin et de Villepin (de grands humanistes, également). Il se définit et le proclamera à plusieurs reprises comme un  «  gaulliste social » ( on n’avait pas remarqué).

La parole est au Président du Sénat : «  J’ai beaucoup d’estime, de respect et même de l’amitié pour Jean-Marc » ( tout va bien dans le meilleur des mondes). Opération déminage : objectif, rassurer les maires, essentiellement ceux des communes rurales, des conséquences de la réforme des collectivités locales «  La commune est le lieu de notre démocratie, c’est notre histoire, cellule de base de la République ». Voilà pour la musique. Le Président du Sénat constate qu’aujourd’hui 93 % des communes ( 98 % de la population) sont dans des Communautés ( de communes, d’agglomérations, urbaines). Joli lapsus : «  Il faut achet…achever la carte de l’intercommunalité ».

En d’autres termes, les communes qui ne sont pas dans une intercommunalité devront obtempérer mais surtout les périmètres actuels des diverses communautés pourront être modifiés autoritairement par le préfet (avec il est vrai un garde fou , bien aléatoire, un vote à la «  majorité des 3/5» ?). Pas d’élection directe du président et des membres des communautés mais nécessité d’un  « fléchage » au moment des élections municipales.

Gérard Larcher approuve totalement l’élection de conseillers territoriaux (qui remplaceront le Conseiller général et le Conseiller régional), approuve le gel des dotations de l’Etat , évoque la clause dite de  «  revoyure » suite à la suppression de la taxe professionnelle et en conclusion, déclarera : «  Si notre modèle social est mis à mal, c’est le modèle républicain qui foutra le camp ». 

Interventions de Thierry Carcenac, président du Conseil général du Tarn et de Martin Malvy , Président de la région Midi-Pyrénées.  Ce dernier n’était manifestement pas venu à Graulhet participer au consensus ambiant. Il fut clair et direct.

Quelques extraits : « Notre modèle social français est déjà mis à mal (…) Nous devons faire face à une crise majeure des finances publiques (…) Ce ne sont pas les collectivités locales qui sont responsables de la crise (…) D’ailleurs elles ne représentant pas 10 % de la dette de l’Etat(…) Je ne supporte plus d’entendre que les collectivités locales gaspillent (…) On a vendu cette soi-disant réforme comme mesure d’économie. C’est faux bien au contraire(…) Nous représentons 75 % des investissements publics(…) Nous ne croyons pas aux garanties du gouvernement. On nous a déjà fait le coup avec Raffarin (…) Je suis contre que le préfet puisse trancher sur les périmètres de l’intercommunalité (…) Il y a un paradoxe, tout le monde souhaitait une réforme de clarification. Aujourd’hui, tout le monde est contre ( en effet, toutes les associations d’élus se sont prononcées contre). Comme l’a dit un spécialiste : «  La montagne n’a pas accouché d’une souris mais d’un rat »(…) Les subventions croisées de la Région vers les départements représentent 7 % avec le Tarn , 30 % avec l’Etat ( …) Le but de la manœuvre est que l’on fasse porter aux collectivités locales les baisses  d’intervention financière, etc… » Beaucoup de détermination dans l’intervention de Martin Malvy, c’est la Gauche que l’on aime.

Une question sera posée par un vice-président du Conseil général au sujet de l’amendement proposé par le groupe communiste républicain et citoyen (CRC) et adopté  par 158 voix contre 156 (contre l’avis du gouvernement) en 2ème lecture du projet de loi  sur la réforme territoriale. L’amendement rétablissait la clause de compétence générale pour l’ensemble des collectivités territoriales. Réponse : « Tout cela sera revu à la rentrée » ( comprendre que l’on fera revoter sur l’amendement) .

Une question me traversait l’esprit sur la route du retour : comment peut-on sur bien des sujets dire une chose à Paris et son contraire dans un département , voire même dire une chose devant l’assemblée des élus tarnais le matin et sans doute tenir un autre discours devant l’assemblée des militants UMP réunis l’après midi ? (Notre humaniste n’oublie pas la politique).

C’est un métier, mon petit  et au Sénat, il faut des années et des années pour l’apprendre..

(1)   « Le cochet, le chat et le souriceau » ( il aurait été cruel de choisir «  Le chat, la belette et le petit lapin » avec le chat Raminagrobis donc restons à la première fable)…

 «  Il est velouté comme nous,

Marqueté, longue queue, une humble contenance ;

Un modeste regard, et pourtant l’œil luisant :

     Je le crois fort sympathisant,

Avec messieurs les Rats ; car il a des oreilles

     En figure aux nôtres pareilles.

…………………………….

     …………………………….

-Mon fils, dit la Souris, ce doucet est un Chat,

    Qui sous son minois hypocrite

    Contre toute ta parenté

    D’un malin vouloir est porté.

    …………………………….

    …………………………….

…………………………….

Quant au Chat, c’est sur nous qu’il fonde sa cuisine ».

 

 

Le silence des urnes…

«  Pas de raison de sauter comme un cabri quand les Français vont mal… » ( Benoît Hamon)

Tu as  raison Benoît ,surtout qu’il s’agit avant tout d’un vote de rejet de la Droite et non une adhésion à un programme de Gauche qui n’existe d’ailleurs pas… Tu as d’autant plus raison qu’il s’agit d’une victoire des présidents de région, d’une victoire du rassemblement à Gauche et des écologistes.

 Parmi eux, Martin Malvy sur le podium des élus socialistes . Beaucoup de choses ont été dites et écrites sur le niveau atteint par la liste de rassemblement de Gauche et des écologistes, à savoir 67,78 % en Midi-Pyrénées.

 Mais je voudrai souligner ce qui est pour moi satisfaction dans le parcours de Martin Malvy : sa fidélité à ses convictions mais aussi en amitié. 

Je n’oublie pas qu’il fut un militant de chaque instant pour le NON au Référendum de la Constitution Européenne. Il allait de réunion en réunion, ce n’était pas facile, d’autres préféraient se cacher. Fidélité à un homme, sans doute le plus insulté au sein de son parti, et cela depuis des années : Laurent Fabius. Parcours politique courageux , pas du genre à changer d’écurie ( pardon, de courant) suivant l’air du temps… pour jouer placé.

Je peux rajouter qu’il est venu à Castres soutenir , entre les deux tours des élections municipales en 2008 ,  la liste de rassemblement à Gauche que je conduisais.

Tiens, à propos de Constitution mais celle-ci, française, d’autres pour ne pas les nommer comme le PRG, votaient la réforme et permettaient à Sarkozy de triompher devant les Assemblées . Qu’en est-il aujourd’hui , par exemple du référendum d’initiative populaire, etc ? Depuis le 21 mars au soir, c’est sans doute la météo, beaucoup de «  mouches du coche » bourdonnent …

Le silence des urnes :

L’importance de l’abstention  à l’occasion des élections régionales des 14 et 21 mars, devient comme l’écrit le journal Le Monde ( 22 mars) un fait démocratique majeur. Elle dilue toutes les autres statistiques , toutes les leçons à tirer de ce suffrage en principe universel.

A l’exception de la présidentielle de 2007, cette abstention croît dans tous les types de scrutins ( 35 % aux municipales, 40 % aux législatives, 45 % aux cantonales, 60 % aux européennes) auxquels il faudrait rajouter le vote blanc ou nul, sans compter les 8 ou 10 % de citoyens majeurs  qui ne s’inscrivent pas sur les listes électorales.

Les sympathisants de Droite (malgré un léger sursaut entre les deux tours ) sont nombreux  à avoir choisi l’abstention  pour dire leur mécontentement du sarkozysme et de sa politique. (Qu’ils y restent !)

Le plus important et décisif pour notre démocratie est le niveau atteint par l’abstention chez les jeunes et les couches populaires : 72 % des électeurs de 18 à 34 ans se sont abstenus, 38 % des plus de 65 ans, 69 % chez les ouvriers, 64 % chez les employés…44 % dans les professions libérales et chez les cadres. Il y a dans notre pays de véritables zones de «  non vote ».

En effet l’abstention s’est élevée à plus de 68 % à Clichy sous Bois, 67 % à Stains, plus de 66 % à Bobigny, aux Mureaux, à Sarcelles mais aussi à Vaux en Velin, plus de 65 % à Roubaix, à Tourcoing, à Corbeil-Essonne, etc, etc…

Malgré cette «  insurrection civique » comme le dit Mélenchon, essayons d’analyser quelques chiffres castrais.

A Castres :

Entre les 2 tours et depuis dimanche, j’ai rencontré beaucoup de jeunes et de moins jeunes . Ils n’avaient pas voté, ne comptaient pas le faire . Pourtant les mêmes s’étaient engagés auprès de moi lors des élections législatives ou municipales. Un même leitmotiv : «  Rien ne change…Au contraire tout s’aggraveToute possibilité d’obtenir un emploi est quasi nulle. .. La Région, c’est quoi ?… On ne connaît pas trop les personnes qui sont sur les listes, etc… »

Malgré cela et un taux d’abstention  inquiétant dans notre ville , ce dernier n’atteint pas globalement les abîmes de bureaux de vote de nombreuses cités.

Au 2ème tour à Castres, légère progression de la participation de 47,77 % au 1er tour à 51,29 %. La palme civique si on peut dire, revient aux Serres municipales ( bureau très à droite) avec 57,37 % de votants. Dans les bureaux peu fréquentés , ceux de quartiers populaires, par exemple Ecole Maternelle de Laden avec 41,08 % ( c’est quand même  peu), Ecole Louis David avec 43,41 %, pour la salle du Conseil Municipal avec seulement 41,45 % de votants ( conjonction sans doute de deux phénomènes : un électorat populaire jeune de centre ville qui ne se déplace pas  et un abstentionnisme de Droite).

A noter toutefois qu’au niveau de la participation, le Tarn est à 56, 30 % , Albi à 55,55 %.

Le vote nul ou blanc est passé de 559 à 981 soit de 4,7 % à 6,4 % des votants .

Difficile d’analyser les transferts. On peut s’abstenir au 1er tour et voter au 2ème et inversement.

Martin Malvy atteint à Castres 59, 50 %. Il réalise ses plus beaux scores dans les bureaux de  Louis David avec 69,65 % , Ecole de Roulandou avec 69,10 % et 67,36 % à l’école maternelle Olivier Messiaen.Les moins beaux étant les Cèdres 50,27 %, école maternelle de l’Albinque 51,17 % .

 A souligner dans le Tarn , Martin Malvy est à 66,30 % ; 68,20 % à Albi ; 63,17 % à Tarbes ;  63,64 % à Montauban, etc…

Pourquoi une telle différence entre Albi et Castres et d’autres villes de Droite ? J’ai bien ma petite idée mais je vous laisse travailler le sujet, les copies seront ramassées à la fin du mois.

Pour Brigitte Barèges ( UMP)  40,49 % avec dans l’ordre 49,72 % aux Cèdres, 48,82 % Ecole maternelle de l’Albinque.

Retrouvant les résultats des élections régionales de 2004, je constate un Front National présent au 2ème tour avec un score sur notre ville de 14,82 % ( 15,67 % au 1er tour) . Il atteignait 21,75 % au bureau de vote d’Aillot ; 18,52 % à César Frank, 18,17 % à Louisa Paulin, 17,84 % à Oliver Messiaen.

En 2010, au 1er tour, 13,35 % des voix avec je le rappelle 18,90 % à Louis David , 17,75 % à La Pause et donc pour le canton sud ( Lameilhé) un score qui s’élève à 15,01 %. Vous le savez, le FN en Midi-Pyrénées ne dépassant pas 10 % n’aura aucun élu ( 8 en 2004 ) ce qui n’empêche pas de réfléchir sérieusement à un vote Front National toujours aussi élevé à Castres.

 

Et maintenant le K.O. ?

Contre la droite et l’austérité : A gauche toute !

Pour une vraie gauche sociale

  Au soir de la prise de la Bastille, Louis XVI n’écrivit que 4 lettres dans son journal : «  Rien ».

Au soir du 1er  tour des élections régionales, face à la Bérézina de son propre camp, Nicolas Sarkozy nous dit : «  Circulez, y a rien à voir ! »

Il y a quelque chose de pathétique dans la réaction des clones de l’UMP répétant en boucle les fameux «  éléments de langage ». On a donc commencé par nier la défaite puis panique à bord, le Titanic va s’échouer (Lefebvre sera le dernier à jouer du violon à bord). Alors on tente de faire apparaître la carte de la peur : en avant pour l’insécurité alors qu’ils sont au pouvoir depuis 8 ans ! SOS pour l’UMP (Union pour un Mouvement en Perdition).

A l’heure du rassemblement de toute la Gauche ( je laisse de côté le Limousin , la Picardie ou la Bretagne où le PS adopte une attitude particulièrement scandaleuse vis à vis d’Europe Ecologie et du Front de Gauche, ah, ces vieux réflexes hégémoniques de caciques régionaux vraiment indécrottables ! )  (1), il convient d’infliger à Sarkozy une défaite si cuisante qu’il sera privé de l’argument d’une trop faible participation.

Il faut l’affaiblir le plus possible à la veille de son plan d’hyper austérité. Dés le 22 mars on attend des régions qu’elles respectent leurs engagements, qu’elles soient aux côtés des travailleurs en lutte, de véritables  boucliers sociaux et démocratiques. On ose espérer également qu’elles s’attellent à renouveler profondément les pratiques politiques ( pour cela, je doute un peu). Qu’elles s’impliquent sans doute davantage dans la défense réelle de l’emploi, les enjeux du logement, du transport, de l’éducation, de la santé et de la culture…

 Alors oui, confirmer et amplifier le vote du premier tour pour battre la droite mais nous savons que tout reste à faire , en premier lieu analyser sérieusement l’ABSTENTION, j’y reviendrai, qui touche d’une manière significative les jeunes et les couches populaires sans parler des quartiers en grande difficulté. Pour ne donner que quelques exemples, il y a eu 27 % de votants à Vaux en Velin, 28 % à Sarcelles, 28,3 % à Roubaix, 28,5 % à Clichy sous Bois, et dans certains bureaux de vote, le taux de participation est tombé à 11,8 % dans un quartier des Mureaux, 13 % aux Bosquets à Montfermeil, 18 % à Toulouse Le Mirail, etc…

Comment peut-on plus longtemps supporter et tolérer un tel état de fait ?

Face à une telle «  rupture citoyenne » il n’y aura pas de quoi se réjouir le 21 au soir mais au contraire à vite saisir l’ampleur du phénomène et à  «  retrousser ses manches ».

En deuxième lieu, travailler à une véritable alternative politique , le pire serait d’attendre 2012 alors que la crise économique et sociale continuera à faire ses ravages.

Quant au Parti Socialiste, nous savons que le vote en sa faveur est loin d’être un vote d’adhésion mais un vote avant tout de rejet de la droite, même si en Midi-Pyrénées, le bilan de Martin Malvy peut être considéré comme positif.

Malgré les critiques que l’on peut faire sur la liste tarnaise de « rassemblement à gauche », et il y en a, pas une seule voix ne doit manquer dimanche.

Oui, dans les urnes mais aussi dans la rue, avec la grève et les manifestations prévues dés le 23 mars, il faut battre la droite.

( 1) Court extrait de l’article de Pierre Marcelle dans Libération ( du 19 mars)

«  Remember Limoges »

Rien d’offre , sinon celle d’une gauche de la gauche minoritaire dont le score révèle cependant que, pour un PS qui se voit beau, il pèse encore de trop. C’est le sens de l’oukaze socialiste contre le NPA, allié avec le Front de gauche dans le Limousin (13,5% au premier tour). En prétendant exclure les partisans de Besancenot d’une union de la gauche locale qu’il ne conçoit qu’à sa botte, le PS a fait capoter le projet d’une liste laboratoire pour toute la gauche. Ce faisant, il a confirmé qu’il privilégiait, et bien au-delà des frontières limousines, son alliance avec les écologistes libéraux. C’est un choix. »

Auparavant, Pierre Marcelle écrivait, je ne peux m’empêcher de vous faire partager ces quelques lignes que je relis avec grand plaisir :

«  Ca, c’est fait »

Mais au-delà des pitreries rituelles, dont la plus éclatante résida dans la contestation arithmétique de leur défaite par les représentants bornés de l’UMP ( épisode dit du « déni »), le scrutin énonça une évidence dont les commentateurs, hélas firent peu de cas. Cette évidence, c’est la mort de la dite « Grande alliance » qu’on ne pleurera pas. La Grade alliance, souvenez-vus…Ce front socialo-écolo-centriste, mais à socle incontestablement libéral, qui devait fédérer le PS, les Verts et le Modem de François Bayrou…Du jour au lendemain, Pffft !, évaporée , la Grande alliance que chantèrent des Gracques au lendemain de la présidentielle.

La crise, sans doute, est passée par là, pour rappeler quelques évidences relatives à la fonction du politique face aux fatalités économiques, mais qui ne sont pas inéluctables, énoncées par des banquiers- ces chers banquiers.

Exit donc le Modem. La réalisation de cet objectif, le premier de Mélenchon, de son Parti de gauche et du Front du même nom qu’il suscita, constitue une information principale. »

 

Abstention : la fracture castraise

« Faire comme si… »

Mardi , c’est Mairie. Avec André nous rédigeons la tribune libre à paraître dans le prochain Castres Magazine (6 avril) : « Pas de développement durable sans démocratie locale » puis j’écris la première tribune pour le site de la Ville : «  MJC de Lameilhé : émotion et larmes ».  Il aura fallu des années pour que le Maire applique enfin la loi de …2002 .

De bonne heure, par un coup de fil ( j’ai encore quelques amis au PS ) , j’apprends la composition de la liste pour le 2ème tour des élections régionales. Le rassemblement de toute la Gauche s’est bien effectué, les Verts peuvent obtenir 2 sièges dont un pour Jocelyne, c’est une bonne chose, le Front de Gauche un pour Jeanne et éventuellement pour Guillaume … repêché de l’Aveyron ( Conseiller régional sortant du Parti de Gauche). Pas de commentaire au sujet des candidats PS ( Madame X a remplacé Mme Y) – mais chut ! l’heure est au rassemblement pour battre la Droite. Martin Malvy avec plus de 40 % au premier tour arrivera sans doute en tête des régions de Gauche au second.

A Castres comme dans tout le pays, le fait majeur reste le niveau très élevé de l’abstention. Alors, faut il «  faire  comme si » c’était un résultat comme un autre ? «  faire comme si »  la vie continuait comme avant et ainsi de suite ?

47,77 % de votants dans notre ville parmi lesquels d’ailleurs 4 % environ de bulletins nuls. Bien sûr pour la première fois, l’élection régionale n’était pas couplée à un autre scrutin législatif ou cantonal, bien sûr nous dit-on, l’entité Région est mal connue et les Conseillers régionaux peu reconnus mais ces facteurs ne suffisent toutefois pas à expliquer l’ampleur et la nature de l’abstention.

A l’évidence, une partie des électeurs de Droite ne s’est pas déplacée ( abstention-sanction) tant le rejet de la politique de Sarkozy est fort. C’est significatif dans les bureaux de Droite. 

Il n’y a eu que 39,26 % de votants salle du Conseil municipal, 43,79  % école Léon Rouzaud, 47,60  % salle polyvalente de l’Albinque et s’il fallait un exemple supplémentaire : 53,49 % dans le bureau le plus à Droite de la ville, les Serres municipales.

Il y a aussi l’abstention des jeunes et des couches populaires durement frappées par la crise. Cette désaffection populaire s’accentue et devient permanente.

Au cœur de nos quartiers, 38,07 % de votants à l’école maternelle de Laden et  40,72 % à l’école maternelle Louis David, il faudrait rajouter toutes celles et ceux non inscrits sur les listes électorales. Les raisons, nous les connaissons : «  Parce que cela ne changera pas grand chose à ma vie quotidienne », « Nous ne faisons plus confiance ni à la Gauche, ni à la Droite, tous pareils ».

Véritable vote censitaire, américanisation galopante, notre démocratie a-t-elle encore un sens ? Comme le dit Stéphane Alliès dans Médiapart : «  La Gauche aura-t-elle de quoi se réjouir d’une victoire aux Régionales  marquée par une très forte abstention et le retour en force du F.N. ? » Dans ces conditions, l’analyse des résultats bureau par bureau, a-t-elle encore un sens ? «  Faire comme si… »

 A tout seigneur, tout honneur ,  Martin Malvy : 36,28 % à Castres (39,92 % à Albi), de 27,90 % ( Collège des Cèdres ) à 46,66 %  ( Roulandou).

Le Front de Gauche : 5,96 % , à noter 9,78 % au cœur de Bisséous, 9,34 %  au cœur de Laden, 8,42 % au cœur de Lameilhé, 8,28 % ( La Capelanié).

Europe Ecologie  9,71 % avec des pointes à 12,89 % ( salle polyvalente de  l’Albinque), 12,63 % ( Maison des associations et syndicats). A noter le faible score dans les quartiers populaires : 5,09 % ( Aillot), 6, 28 % ( Louisa Paulin), 7,71 % ( école maternelle de Laden). Il y a du travail pour lier l’urgence sociale et l’urgence écologique !

Le Front National : 13, 35 % avec des résultats inquiétants dans les quartiers populaires là où nous l’avons vu, l’abstention est significative. Donc le F.N. : 18,98 % à Louis David, 16,35 % à Laden, 15,31 % au collège des Cèdres, etc… Merci qui ? Merci Eric Besson.

L’UMP n’atteint que 28 % ne faisant que 30 à 34 % dans des bureaux qui votent habituellement à 60 % à Droite.  A déplorer l’absence de déclarations et a fortiori de photos du Maire vice-président de l’UMP avec son adjoint tête de liste, secrétaire UMP de la 3ème circonscription.

Analyse rapide, partiale et très partielle du premier tour. Peut-on simplement avec sérieux en tirer quelques enseignements ?

Ah, j’oubliais : le Modem, 3,72 % en d’autres termes, rien !

Des socialistes et les leaders d’Europe Ecologie qui au cours des derniers mois avaient battu les estrades avec les représentants de ce parti avaient au soir du premier tour complètement oublié que celui-ci avait pu exister. Les ingrats !

Plus sérieusement, pour notre réflexion collective à venir, sur aucune liste de Gauche ne figure une candidate ou un candidat issu de «  la diversité » ( désolé, c’est le mot souvent utilisé). Pour quelle raison ?

Voilà, je « fais comme si… » , alors qu’au loin retentissent les cris des manifestants grecs, espagnols, portugais, et que se prépare en France un mouvement de grève et des manifestations pour le 23 mars.