Un Conseil municipal de dupes
Publié dans c) Vie municipale (86), le 18/01/2012 à 0:24, par Philippe GuerineauA Géraldine
Quel mot peut bien résumer le contenu de ce rapide Conseil municipal ? J’ai trouvé, le verbe duper convient tout à fait ou si vous préférez les synonymes ne manquent pas, abuser, berner, leurrer, mystifier, tromper. Voilà, vous êtes prévenus.
Démonstration : tout d’abord quelques remarques concernant 3 décisions du maire.
La première, le 1 décembre : « Emprunt de 3 000 000 € auprès de Dexia Crédit Local, durée 15 ans et 3 mois, taux d’intérêt 4,15 % ». Dorénavant, à chaque CM, son emprunt ( 2 000 000 € au CM du 13 décembre). Quelles en sont les raisons ? Réponse lapidaire du maire : « Pour payer les investissements » (merci, on voulait pas vous déranger)
La deuxième, le 2 janvier : « Marché avec diverses sociétés contribuant à l’aménagement et à la revitalisation de la place de l’Albinque , montant 6 800 000 € ». « Ne croyez vous pas qu’une délibération fut nécessaire pour plus de clarté ? » Réponse du maire « Non » (Merci des efforts que vous faites au nom d’une transparence indispensable. Vos administrés vous en sauront gré).
La troisième, le 11 janvier, « Avenant au marché avec la société Cégélec : dispositif de vidéo surveillance : mise en place de 4 caméras supplémentaires, montant : 58 000 € » Quelles sont donc ces caméras supplémentaires ? La note va-t-elle encore s’alourdir ? Réponse du maire «Coââ, coââ ». (C’est trop d’honneur ).
Plat de résistance : « Urbanisme – plan local d’urbanisme – approbation du dossier de révision ». Bon, vous le savez, par un jugement du 28 juillet 2011, le Tribunal Administratif de Toulouse a annulé pour vice de procédure la délibération du 19 septembre 2006 par laquelle le Conseil municipal a approuvé le Plan Local d’Urbanisme (P.L.U.).
Le maire a donc été dans l’obligation d’ordonner l’ouverture d’une nouvelle enquête publique. Dans son rapport du 9 décembre 2011, le commissaire enquêteur, s’il émet un avis favorable au P.L.U. tient à accompagner celui-ci de deux réserves et de neuf recommandations. Commençons par la dernière, celui-ci demande une concertation étroite entre le service urbanisme, les élus et les services de l’Etat lors de la prochaine révision du P.L.U. ( C’est mieux en effet). Finissons par la première : le commissaire enquêteur demande la mise en place de mesures provisoires de circulation automobile sur la VC30 et le hameau d’Hauterive en attendant que les aménagements prévus au P.L.U. dans le secteur d’Hauterive soient réalisés. Trop long de tout vous expliquer à nouveau, reportez vous aux articles de ce blog relatant ce dossier : « Hauterive : son château et ses rochers » du 5/05/2011 ; « Du P.O.S. au P.L.U. » du 24/10/2011.
Question : « M .le maire, allez vous suivre la recommandation du commissaire-enquêteur ? » (recommandation, rappelons le formulée à la suite d’une enquête publique). Réponse : « Non, cette recommandation est irresponsable (sic) » . En d’autres termes, je m’assois sur l’enquête publique. André Martinez fait remarquer (avec pertinence) le décalage qu’il y a entre les documents du P.L.U. et la réalité. Il prend deux exemples : les pistes cyclables et l’habitat social.
Les élus de Castres A Gauche Vraiment voteront donc contre la révision du P.L.U.
Deux questions orales pour terminer : entre temps, ambiance, ambiance, je me ferai traiter de « stalinien » par le 1er magistrat, c’est une première. A vrai dire, je mets cela sur le compte de l’influence de l’illuminé député-maire de Lavaur et de quelques extrémistes droitiers présents au C.M. Il y eut même une remarque pleine de nuances pour constater : « Ce n’est pas l’URSS ici » ( à l’évidence, on progresse dans le débat démocratique ). Curieusement au même moment, Marine Le Pen qualifiait de » mesure soviétique » un possible encadrement des loyers. Allez, pour finir, il est bien tard :
La première, « Les locaux du C.H.R.S. (Centre d’hébergement et de réinsertion sociale – accueil de nuit-) s’avèrent trop petits et surtout dangereusement insalubres. Depuis des années se pose la question d’une rénovation, voire d’une relocalisation . Des promesses ont été faites, jamais suivies d’effet. Il y a urgence. Pouvez vous nous indiquer, soit quand les travaux indispensables débuteront, soit dans quel lieu sera relogé le C.H.R.S. ? » Réponse : « Les normes de sécurité sont respectées (heureusement !), nous sommes passés de 11 places à 20 places » (c’est bien peu pour une ville moyenne comme Castres d’autant plus que c’est le seul C.H.R.S. pour tout le sud du Tarn). Une étude est envisagée (Cela fait des années que rien ne se passe).
La deuxième, « A plusieurs reprises vous avez été interrogé ( C.M. du 21/09/11 et C.M. du 13/12/11) afin que votre municipalité autorise l’Institut Tarnais d’Histoire Sociale à apposer une plaque commémorative sur l’actuel centre de loisirs municipal, rue Emile Zola. Il est indispensable de rappeler que ce lieu fut une prison secrète ouverte en 1941 et dans laquelle furent enfermés des prisonniers politiques et des résistants de toutes nationalités. En l’absence d’une réponse à ce jour de votre part, je me permets de renouveler ma demande. » Réponse : « Une commission se réunira ». Remarque entendue : « Cette histoire nous est inconnue, nous n’avons jamais pris connaissance du livre relatant cet épisode de la dernière guerre » (J’ai la nette impression que la majorité municipale nous prend pour des imbéciles et surtout , et c’est beaucoup plus grave, qu’elle cherche à perpétuer un combat idéologique très éloigné du nécessaire « devoir de mémoire »)
A noter que ce blog, à de nombreuses reprises a présenté le livre, a salué son auteur venu en parler à Castres , etc… « L’histoire méconnue de la prison de Castres » du 10/09/2009 ; « Devoir de mémoire : Baraque 21 » du 30/09/2011.
On connaissait la journée des Dupes, le 10 novembre 1630. On connaît maintenant le Conseil municipal des Dupes, ce fut le 17 janvier 2012.
C’est peu de dire que l’on sort d’une cérémonie des vœux du maire assez abattu. Et le mauvais temps, je vous l’assure, n’y est pour rien. Je ne reviendrai pas ici sur ce qui frappe le plus, à savoir l’importance des personnes âgées présentes, en d’autres termes l’absence de jeunes mais aussi l’absence de personnes de 30 à 50 ans. Tout a déjà été écrit dans ce blog, rien n’a changé.
Ce 24 décembre, comme chaque année et cela depuis fort longtemps, j’étais présent, salle Gérard Philipe en cette fin d’après midi. Veille de Noël, instant que l’on dit de fraternité, plusieurs associations caritatives de notre ville, bien aidées par le CCAS s’étaient mises en quatre pour accueillir au mieux une (toute petite) partie de nos concitoyens vivant dans la pauvreté, et/ou astreints à une grande solitude.
Puis lors de la traversée de la salle une mère de famille, que je connaissais, accompagnée de ses enfants se leva pour me dire quelques mots : « Vous savez, c’est la première fois que je viens ici… » Sa fille à ses côtés qui ne m’était pas inconnue (ancienne élève ?) se cacha le visage entre ses mains. J’ai eu brutalement honte de leur honte. J’avais eu le même sentiment d’un profond malaise au cours d’années précédentes dans le regard des personnes que j’avais été amené à rencontrer bien souvent.
Indécence quand ce gouvernement réduit les financements destinés aux politiques d’accueil et d’accompagnement des plus exclus ( SAMU social à Paris), quand l’UMP ne cesse d’opposer ceux qui touchent le RSA et ceux qui gagnent le SMIC, à voir des élues de l’UMP « en campagne électorale » en cette fin d’après midi. L’une d’entre elles n’avait pas de mots assez durs pour fustiger lors du dernier C.M. un bébé de 4 mois et un vieillard de plus de 70 ans, condamnés à vivre l’un et l’autre dans une caravane loin de tout. Indécence, vous dis-je.
Alors, « Décision du maire » ou délibération au Conseil municipal ?
Ce fut le cas du dossier concernant la rénovation de la place de l’Albinque. La dernière délibération remonte à plus de 3 ans ! Aujourd’hui, le total des travaux (deux phases ) s’élèvent à plus de 8.200 000 € HT. Soit déjà une augmentation de 2 millions d’€ sur les prévisions et ce n’est sans doute pas fini.
La presse dans son ensemble a rendu compte du débat concernant l’augmentation des tarifs de l’eau et de l’assainissement. Précisons toutefois que la ville a choisi – suite à sa condamnation – de faire payer le coût de celle-ci « pour moitié aux usagers de l’eau », mesure injuste socialement. Proposition est faite d’un « prix social de l’eau » à hauteur d’une consommation de 50 m3. Augmentation envisagée du prix du m3, après 20% , 7 % . Le maire envisage de « lisser » cette augmentation sur 8 ans …
CA SUFFIT : une nouvelle fois malheureusement, nous avons tenté après 5 mois de blocage d’évoquer le cas d’une famille appelée « gens du voyage », seule dans sa caravane, quelque part du côté de l’aéroport, sans eau ni électricité. Nous avons proposé un médiateur : situation dramatique, bébé de quatre mois, vieillard malade, jeunes gens très peu ou pas scolarisés, veille de Noël, appel au sentiment d’humanité , peut-on tolérer cette situation ? Pour beaucoup, dans ce CM , c’est oui…
Six longues heures : durée du dernier Conseil municipal en date du 13 décembre.