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Un champ de ruines démocratiques

Un paysage politique dévasté

Ah ! ces élections cantonales resteront dans les annales avec un taux d’abstention record : plus de 55 % sans compter les non inscrits de plus en plus nombreux, les quartiers populaires particulièrement touchés par la fracture civique que rien ne semble pouvoir ( à ce jour) combler,

une poussée (relative)du Front National et surtout sa banalisation,

les dérives d’une grande partie de l’UMP qui reprend les thèses anti-républicaines de l’extrême droite (de l’identité nationale au débat sur l’islam, pardon sur la laïcité, prévu dans quelques jours).

Tous les symptômes sont réunis d’une «  démocratie profondément malade » , la perte de crédibilité des «  partis de gouvernement » est réelle, qui peut le nier ? La « victoire » du PS apparaît finalement très modeste , celui-ci ne profitant pas , loin de là, de l’écroulement de l’UMP.

Cette inquiétante « photographie politique » de notre pays en 2011, celui des 3 millions de chômeurs (catégorie A), de la précarité, de la baisse d’effectifs dans les services publics, du pouvoir d’achat en berne, de la désespérance pour beaucoup, doit susciter l’exigence d’une véritable alternative politique.

Aujourd’hui, force est de constater que le PS reste inaudible, son incapacité à ramener les électeurs aux urnes, même face à la «  menace »  du FN en dit long sur le travail à effectuer. Les bons scores du Front de Gauche et d’Europe Ecologie-Les Verts sont porteurs d’espoir mais ne suffisent pas encore à créer une réelle dynamique pour reconquérir l’électorat populaire.

Comment supporter tout simplement en tant que citoyen un tel divorce entre l’électorat populaire et le suffrage universel ? Il y a un an, le baromètre de l’opinion du Cevipof annonçait l’augmentation de l’abstention , quelques exemples : « Les mots lassitude ( 34% +8%), méfiance (28% + 6%) sont les mots les plus souvent cités par les Français. » L’aggravation de la crise de la représentation politique apparaissait dans tous les chiffres : « La politique suscite de la méfiance (38%) du dégoût (23 %), 83% des sondés ont le sentiment que les responsables politiques ne tiennent pas compte de leur avis. Sentiment corroboré par la contre-réforme des retraites qui a été imposée par la majorité parlementaire surtout après que des millions de salariés et de jeunes eurent défilé dans les rues pour faire entendre leurs exigences. 57 % estiment que « la démocratie ne fonctionne pas bien en France » (+9 % en un an). La crise de confiance frappe également la gauche et la droite ( 22% et 21 %) alors que 56 % n’ont confiance ni dans l’une ni dans l’autre pour gouverner la France. 69 % des sondés estiment que les enfants d’aujourd’hui auront moins de chances de réussir que leurs parents, etc, etc, etc… »

Cruel constat, je n’ai pas l’impression que tout cela soit réellement pris en compte à ce jour par le PS : répondre à l’urgence sociale et à l’urgence démocratique. Nous en reparlerons bien sûr.

N.B. Aperçu sur le site Rue89 :

Si l’on compare 2004 à 2011, 1er  tour des cantonales : l’UMP a perdu 1 020 187 voix, le PS a perdu 941 558 voix, le FN a perdu 110 213 voix, seule EELV a progressé.

Au 2ème tour le nombre d’élus pour le Front de Gauche atteindra 118  ( 103 en 2004), pour EELV : 49 élus.

Autre constatation :  le PS obtient au 1er tour 2 284 967 voix , si l’on additionne EELV et Front de Gauche = 1 570 289 voix ( sans compter les FG classés divers gauche), l’UMP 1 550 740 voix, le FN 1 379 902 voix ( tout cela sur 40 millions d’électeurs, rappelons le).

 Le journaliste souligne, tiens, tiens, EELV (8,22 %) + Front de Gauche (8,92 %) = le 2ème parti de France ( devant l’UMP et devant le FN) – Pour votre réflexion …

 

Pas d’abstention pour l’abstention

Pour chercher à comprendre…

Les urnes qui ont servi aux élections régionales sont à peine rangées que déjà l’emballement médiatique pour les élections présidentielles pointe son nez. Pourtant il y a urgence à s’arrêter et à réfléchir sérieusement sur les records d’abstention relevés à l’occasion des 14 et 21 mars.

Il est pour le moins surprenant que face à un tel coup de tonnerre les partis politiques et a fortiori les partis de Gauche (pas tous, j’espère) se bouchent les oreilles et refusent de voir cet «  apartheid civique ».J’avoue être totalement atteint comme militant politique mais aussi comme enseignant et citoyen  par les chiffres d’abstention relevés dans de nombreuses villes et notamment dans les quartiers populaires.

 Pourtant cette non participation au vote n’est pas un phénomène nouveau. Mais nul n’a trouvé bon dans les partis politiques de l’analyser et d’en tirer toutes les conséquences… militantes.

Je viens d’acheter le livre écrit par Jean-Yves Dormagen ( professeur de science politique à l’université de Montpellier 1)et Céline Braconnier ( maître de conférences de science politique à l’université de Cergy Pontoise) : La Démocratie de l’abstention,( Folio) livre paru …en février 2007, étude remarquable et très approfondie sur l’ampleur de la démobilisation électorale contemporaine. Dans leur introduction, ils écrivent entre autres : «  La France bat aujourd’hui des records d’abstention ( …) Jamais l’abstention n’avait atteint de telles proportions depuis l’instauration du suffrage universel masculin en 1848. Que l’on tienne compte de ceux qui ne sont pas inscrits sur les listes électorales- environ 10 % de la population en âge et en droit de voter-et l’on constate alors que ce sont près de la moitié des citoyens qui n’ont pas participé à la désignation de l’actuelle Assemblée Nationale. Si ces tendances devaient se confirmer, voire s’amplifier,( voilà, nous y sommes en 2010- note du blogueur) la France pourrait devenir «  une démocratie de l’abstention :  un pays dans lequel l’acte de voter ne mobilise plus, à chaque scrutin, qu’une minorité de citoyens.  »

L’étude suit, 450 pages, d’une enquête réalisée pendant 5 ans dans un quartier de la banlieue nord de Paris, à Saint Denis. Celle-ci met en évidence l’impact sur les identités et les comportements politiques de 30 ans de chômage de masse, de précarisation du travail, d’affaiblissement des liens sociaux ,  de ghettoïsation des cités populaires, etc, etc

Que chaque adhérent ou militant d’un parti prenne la peine de lire ce livre. Indispensable pour celles et ceux qui considèrent que les mots de République et de citoyenneté ne sont pas réservés à de vains discours.

Vous lirez ci après les interviews accordés par les auteurs du livre dans le journal  Le Monde ( 19 mars ) et le journal l’Humanité (25 mars) .

Aujourd’hui je découvre dans Le Monde (26 mars) un article de Luc Bronner  : sous le titre : « L’abstention en banlieue, plus grave que les émeutes ? ». Le journaliste écrit : «  Médiatiquement et politiquement, l’abstention des cités sensibles ne vaut pas une émeute avec son cortège de voitures incendiées et d’images spectaculaires pour illustrer la gravité de la crise des banlieues. Les résultats des élections régionales qui prolongent les constats des précédents scrutins, devraient pourtant interpeller la société française, plus encore que des véhicules brûlés. Avec des taux d’abstention qui dépassent les 70 % des inscrits, les habitants des quartiers difficiles ont exprimé leur sentiment d’être en dehors de la vie électorale, en dehors du système politique, en dehors de la République. »

 Luc Bronner ajoute : «  Au fond, c’est le silence des quartiers qui devraient nous alarmer plus que le bruit, ponctuel, des violences urbaines ». Et il conclut par l’attitude qui pourrait être celle d’hommes politiques, de considérer ces territoires comme définitivement «  non rentables » électoralement. C’est peut être déjà le cas, j’espère me tromper…

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Jean-Yves Dormagen et Céline Braconnier sont chercheurs en sciences politiques et les auteurs de La Démocratie de l’abstention. Aux origines de la démobilisation électorale en milieu populaire (Folio).

Comment analysez-vous cette très forte abstention ?

J.-Y. Dormagen : Le phénomène n’est pas uniquement valable en Ile-de-France, on le retrouve à Toulouse, à Montpellier ou à Lyon, dans la plupart des grandes villes. Il y a pratiquement trente points d’écart entre les bureaux de vote où l’abstention est la plus élevée – dans les grands ensemble ou les zones urbaines sensibles – et ceux où elle est la plus basse, plutôt dans les zones pavillonnaires ou les centres-villes.

Il y a une indifférence négative très forte, faite de désenchantement et de ressentiment, de la part de populations qui perçoivent et subissent les processus de ségrégation sociale et ethnique. Dans les quartiers, on n’attend quasiment plus rien de la politique, qui n’apporte rien, n’est porteuse de rien.

Les analystes ont plutôt insisté sur l’abstention de la clientèle traditionnelle de la droite…

C. Braconnier : Oui, il y a très certainement eu une abstention plus forte que d’habitude de la part d’électeurs déçus par l’action de Nicolas Sarkozy, notamment dans les quartiers populaires où le président de la République était parvenu à capter une fraction de l’électorat sur les questions de l’immigration et de la sécurité.

Mais les communes les plus touchées par l’abstention massive sont celles où Ségolène Royal avait obtenu ses meilleurs scores en 2007. Cela reste le phénomène le plus marquant : c’est la jeunesse populaire, entre 18 et 35 ans, qui est la plus démobilisée. En volume, elle représente beaucoup plus que les abstentionnistes âgés ou politisés à droite.

Quel sens politique donner à l’abstention ?

J.-Y. D. : L’abstention dans les quartiers ne correspond pas à un calcul ou à une stratégie politique. De ce point de vue, comparer le vote FN et l’abstention n’est pas juste. Pour certains abstentionnistes, les plus éloignés de la politique, ceux qui ne perçoivent pas les différences entre les candidats, qui ne savent même pas parfois qu’il y a des élections, l’abstention n’est pas un acte protestataire. C’est plus profond : le jeu politique leur est largement étranger. Cela peut soulever un problème de légitimité pour les élus.

Le corps électoral actif devient de moins en moins représentatif du corps citoyen. Car l’abstention est porteuse d’une logique censitaire, qui conduit à faire désigner les gouvernants par la partie de l’électorat la plus protégée et la plus âgée.

La présidentielle de 2007 a pourtant été marquée par une mobilisation dans les quartiers ?

C. B. : Il y avait eu conjonction exceptionnelle de facteurs de mobilisation. D’abord les émeutes de 2005 et les campagnes d’inscription sur les listes. Ensuite, la mémoire du choc du 21 avril 2002 avec la présence du Front national au second tour. Enfin, des candidatures de Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal très polarisantes. Mais quand il n’y a pas ces facteurs particuliers, quand l’intensité de la campagne n’est pas suffisante, la mobilisation retombe. On l’a vérifié dès les législatives de 2007, puis pour les municipales de 2008, les européennes de 2009 et les régionales de 2010 où l’on a, chaque fois, battu un record d’abstention.

La norme dans ces quartiers, c’est de ne pas voter ou de ne pas s’inscrire. Les processus de ghettoïsation se doublent ainsi d’une auto-exclusion électorale.

Propos recueillis par Luc Bronner (Le Monde)

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Régionales. « Un problème se pose en termes de légitimité des élus »

Dans l’entretien que nous avions publié en 2007, vous expliquiez que le déclin du travail figure parmi l’une des raisons de l’abstention. Les 600 000 emplois qui ont été depuis détruits en France amplifient-ils le phénomène ?

Céline Braconnier. L’extension du chômage et de la précarité ont des effets plus ou moins indirects sur la démobilisation électorale. Le travail est traditionnellement un lieu de socialisation politique. Jusqu’au début des années quatre-vingt, il était un des lieux d’encadrement politique pour les milieux populaires. Plus il y a de salariés qui échappent à ce cadre-là, moins il y a de chance qu’ils s’intéressent à la politique et aillent donc voter. On remarque d’ailleurs que les petits fonctionnaires font partie du noyau dur des votants. C’est bien qu’il y a un lien entre l’instabilité de l’emploi et la constance électorale. Par contraste, plus on est dans la précarité salariale, plus le rapport au vote est distendu.

L’absence d’encadrement politique est-elle la seule origine de l’abstention des salariés ?

Céline Braconnier. L’encadrement politique dont bénéficiait le milieu populaire en France expliquait un taux de mobilisation électorale plus élevé par rapport aux États-Unis, par exemple. Mais il y a évidemment un cumul de facteurs, dont le désenchantement très marqué à l’égard de la politique. Après une succession d’alternances gauche/droite, qui n’a pas abouti à une amélioration de la vie, les citoyens ont arrêté de croire dans la capacité du vote à transformer la situation.

Cette abstention est-elle de l’ordre de la sanction ?

Céline Braconnier. Non, dans la mesure où il n’existe pas de stratégie politique ni de calcul. Il y a juste une indifférence liée au désenchantement. Dès lors où il n’y a pas une campagne électorale de très haute intensité, comme en 2007, la politique ne pénètre pas dans les foyers qui ne parlent pas de politique. Ce qui domine dans les quartiers populaires, notamment chez les jeunes, c’est l’indifférence. Puisqu’on ne s’occupe pas d’eux, qu’ils n’ont pas les mêmes droits que le reste de la population, qu’ils ont un fort sentiment d’être discriminés, ils ne voient pas de raison de s’intéresser à la chose politique et de faire un effort au moment du vote.

Vos travaux montrent que l’abstention et la non-inscription sur les listes électorales deviennent la norme dans les cités populaires. Se posera-t-il à terme la question de la légitimité des élus?

Céline Braconnier. Le faible taux de votants pose en effet un réel problème de légitimité des élus. Il faudra bien prendre conscience de cette situation. Or les politiques ont tendance à y prêter attention uniquement le soir des résultats électoraux. Ils célèbrent des victoires ou regrettent des échecs mais sans en tenir compte dans leurs interprétations. On peut s’en contenter, à l’image des États-Unis. La démocratie américaine fonctionne ainsi depuis plus de cinquante ans. Les taux d’abstention recueillis aux régionales sont dans la moyenne de ceux que l’on enregistre traditionnellement outre-Atlantique.

Cette norme est-elle en train de se répandre dans les villes particulièrement touchées par les restructurations d’entreprises ?

Céline Braconnier. Nous n’avons pas de données précises pour mesurer comment la dynamique en cours depuis plusieurs années tend à s’amplifier et à se répandre dans des milieux plus larges que les cités. Mais ce serait logique que ce phénomène s’élargisse. Un fait révélateur me marque : l’abstention se développe dans le milieu associatif des quartiers populaires. Les militants associatifs sont des citoyens plus politisés, ce sont des meneurs qui traditionnellement arrivent à convaincre de la nécessité du vote. Aujourd’hui, leur rapport à la politique institutionnelle commence à se distendre. Eux-mêmes pratiquent l’intermittence électorale. Les mécanismes informels de mobilisation électorale s’enrayent. Du coup, la dynamique abstentionniste s’amplifie.

Entretien réalisé par Mina Kaci ( L’Humanité)

 

 

Le silence des urnes…

«  Pas de raison de sauter comme un cabri quand les Français vont mal… » ( Benoît Hamon)

Tu as  raison Benoît ,surtout qu’il s’agit avant tout d’un vote de rejet de la Droite et non une adhésion à un programme de Gauche qui n’existe d’ailleurs pas… Tu as d’autant plus raison qu’il s’agit d’une victoire des présidents de région, d’une victoire du rassemblement à Gauche et des écologistes.

 Parmi eux, Martin Malvy sur le podium des élus socialistes . Beaucoup de choses ont été dites et écrites sur le niveau atteint par la liste de rassemblement de Gauche et des écologistes, à savoir 67,78 % en Midi-Pyrénées.

 Mais je voudrai souligner ce qui est pour moi satisfaction dans le parcours de Martin Malvy : sa fidélité à ses convictions mais aussi en amitié. 

Je n’oublie pas qu’il fut un militant de chaque instant pour le NON au Référendum de la Constitution Européenne. Il allait de réunion en réunion, ce n’était pas facile, d’autres préféraient se cacher. Fidélité à un homme, sans doute le plus insulté au sein de son parti, et cela depuis des années : Laurent Fabius. Parcours politique courageux , pas du genre à changer d’écurie ( pardon, de courant) suivant l’air du temps… pour jouer placé.

Je peux rajouter qu’il est venu à Castres soutenir , entre les deux tours des élections municipales en 2008 ,  la liste de rassemblement à Gauche que je conduisais.

Tiens, à propos de Constitution mais celle-ci, française, d’autres pour ne pas les nommer comme le PRG, votaient la réforme et permettaient à Sarkozy de triompher devant les Assemblées . Qu’en est-il aujourd’hui , par exemple du référendum d’initiative populaire, etc ? Depuis le 21 mars au soir, c’est sans doute la météo, beaucoup de «  mouches du coche » bourdonnent …

Le silence des urnes :

L’importance de l’abstention  à l’occasion des élections régionales des 14 et 21 mars, devient comme l’écrit le journal Le Monde ( 22 mars) un fait démocratique majeur. Elle dilue toutes les autres statistiques , toutes les leçons à tirer de ce suffrage en principe universel.

A l’exception de la présidentielle de 2007, cette abstention croît dans tous les types de scrutins ( 35 % aux municipales, 40 % aux législatives, 45 % aux cantonales, 60 % aux européennes) auxquels il faudrait rajouter le vote blanc ou nul, sans compter les 8 ou 10 % de citoyens majeurs  qui ne s’inscrivent pas sur les listes électorales.

Les sympathisants de Droite (malgré un léger sursaut entre les deux tours ) sont nombreux  à avoir choisi l’abstention  pour dire leur mécontentement du sarkozysme et de sa politique. (Qu’ils y restent !)

Le plus important et décisif pour notre démocratie est le niveau atteint par l’abstention chez les jeunes et les couches populaires : 72 % des électeurs de 18 à 34 ans se sont abstenus, 38 % des plus de 65 ans, 69 % chez les ouvriers, 64 % chez les employés…44 % dans les professions libérales et chez les cadres. Il y a dans notre pays de véritables zones de «  non vote ».

En effet l’abstention s’est élevée à plus de 68 % à Clichy sous Bois, 67 % à Stains, plus de 66 % à Bobigny, aux Mureaux, à Sarcelles mais aussi à Vaux en Velin, plus de 65 % à Roubaix, à Tourcoing, à Corbeil-Essonne, etc, etc…

Malgré cette «  insurrection civique » comme le dit Mélenchon, essayons d’analyser quelques chiffres castrais.

A Castres :

Entre les 2 tours et depuis dimanche, j’ai rencontré beaucoup de jeunes et de moins jeunes . Ils n’avaient pas voté, ne comptaient pas le faire . Pourtant les mêmes s’étaient engagés auprès de moi lors des élections législatives ou municipales. Un même leitmotiv : «  Rien ne change…Au contraire tout s’aggraveToute possibilité d’obtenir un emploi est quasi nulle. .. La Région, c’est quoi ?… On ne connaît pas trop les personnes qui sont sur les listes, etc… »

Malgré cela et un taux d’abstention  inquiétant dans notre ville , ce dernier n’atteint pas globalement les abîmes de bureaux de vote de nombreuses cités.

Au 2ème tour à Castres, légère progression de la participation de 47,77 % au 1er tour à 51,29 %. La palme civique si on peut dire, revient aux Serres municipales ( bureau très à droite) avec 57,37 % de votants. Dans les bureaux peu fréquentés , ceux de quartiers populaires, par exemple Ecole Maternelle de Laden avec 41,08 % ( c’est quand même  peu), Ecole Louis David avec 43,41 %, pour la salle du Conseil Municipal avec seulement 41,45 % de votants ( conjonction sans doute de deux phénomènes : un électorat populaire jeune de centre ville qui ne se déplace pas  et un abstentionnisme de Droite).

A noter toutefois qu’au niveau de la participation, le Tarn est à 56, 30 % , Albi à 55,55 %.

Le vote nul ou blanc est passé de 559 à 981 soit de 4,7 % à 6,4 % des votants .

Difficile d’analyser les transferts. On peut s’abstenir au 1er tour et voter au 2ème et inversement.

Martin Malvy atteint à Castres 59, 50 %. Il réalise ses plus beaux scores dans les bureaux de  Louis David avec 69,65 % , Ecole de Roulandou avec 69,10 % et 67,36 % à l’école maternelle Olivier Messiaen.Les moins beaux étant les Cèdres 50,27 %, école maternelle de l’Albinque 51,17 % .

 A souligner dans le Tarn , Martin Malvy est à 66,30 % ; 68,20 % à Albi ; 63,17 % à Tarbes ;  63,64 % à Montauban, etc…

Pourquoi une telle différence entre Albi et Castres et d’autres villes de Droite ? J’ai bien ma petite idée mais je vous laisse travailler le sujet, les copies seront ramassées à la fin du mois.

Pour Brigitte Barèges ( UMP)  40,49 % avec dans l’ordre 49,72 % aux Cèdres, 48,82 % Ecole maternelle de l’Albinque.

Retrouvant les résultats des élections régionales de 2004, je constate un Front National présent au 2ème tour avec un score sur notre ville de 14,82 % ( 15,67 % au 1er tour) . Il atteignait 21,75 % au bureau de vote d’Aillot ; 18,52 % à César Frank, 18,17 % à Louisa Paulin, 17,84 % à Oliver Messiaen.

En 2010, au 1er tour, 13,35 % des voix avec je le rappelle 18,90 % à Louis David , 17,75 % à La Pause et donc pour le canton sud ( Lameilhé) un score qui s’élève à 15,01 %. Vous le savez, le FN en Midi-Pyrénées ne dépassant pas 10 % n’aura aucun élu ( 8 en 2004 ) ce qui n’empêche pas de réfléchir sérieusement à un vote Front National toujours aussi élevé à Castres.

 

Et maintenant le K.O. ?

Contre la droite et l’austérité : A gauche toute !

Pour une vraie gauche sociale

  Au soir de la prise de la Bastille, Louis XVI n’écrivit que 4 lettres dans son journal : «  Rien ».

Au soir du 1er  tour des élections régionales, face à la Bérézina de son propre camp, Nicolas Sarkozy nous dit : «  Circulez, y a rien à voir ! »

Il y a quelque chose de pathétique dans la réaction des clones de l’UMP répétant en boucle les fameux «  éléments de langage ». On a donc commencé par nier la défaite puis panique à bord, le Titanic va s’échouer (Lefebvre sera le dernier à jouer du violon à bord). Alors on tente de faire apparaître la carte de la peur : en avant pour l’insécurité alors qu’ils sont au pouvoir depuis 8 ans ! SOS pour l’UMP (Union pour un Mouvement en Perdition).

A l’heure du rassemblement de toute la Gauche ( je laisse de côté le Limousin , la Picardie ou la Bretagne où le PS adopte une attitude particulièrement scandaleuse vis à vis d’Europe Ecologie et du Front de Gauche, ah, ces vieux réflexes hégémoniques de caciques régionaux vraiment indécrottables ! )  (1), il convient d’infliger à Sarkozy une défaite si cuisante qu’il sera privé de l’argument d’une trop faible participation.

Il faut l’affaiblir le plus possible à la veille de son plan d’hyper austérité. Dés le 22 mars on attend des régions qu’elles respectent leurs engagements, qu’elles soient aux côtés des travailleurs en lutte, de véritables  boucliers sociaux et démocratiques. On ose espérer également qu’elles s’attellent à renouveler profondément les pratiques politiques ( pour cela, je doute un peu). Qu’elles s’impliquent sans doute davantage dans la défense réelle de l’emploi, les enjeux du logement, du transport, de l’éducation, de la santé et de la culture…

 Alors oui, confirmer et amplifier le vote du premier tour pour battre la droite mais nous savons que tout reste à faire , en premier lieu analyser sérieusement l’ABSTENTION, j’y reviendrai, qui touche d’une manière significative les jeunes et les couches populaires sans parler des quartiers en grande difficulté. Pour ne donner que quelques exemples, il y a eu 27 % de votants à Vaux en Velin, 28 % à Sarcelles, 28,3 % à Roubaix, 28,5 % à Clichy sous Bois, et dans certains bureaux de vote, le taux de participation est tombé à 11,8 % dans un quartier des Mureaux, 13 % aux Bosquets à Montfermeil, 18 % à Toulouse Le Mirail, etc…

Comment peut-on plus longtemps supporter et tolérer un tel état de fait ?

Face à une telle «  rupture citoyenne » il n’y aura pas de quoi se réjouir le 21 au soir mais au contraire à vite saisir l’ampleur du phénomène et à  «  retrousser ses manches ».

En deuxième lieu, travailler à une véritable alternative politique , le pire serait d’attendre 2012 alors que la crise économique et sociale continuera à faire ses ravages.

Quant au Parti Socialiste, nous savons que le vote en sa faveur est loin d’être un vote d’adhésion mais un vote avant tout de rejet de la droite, même si en Midi-Pyrénées, le bilan de Martin Malvy peut être considéré comme positif.

Malgré les critiques que l’on peut faire sur la liste tarnaise de « rassemblement à gauche », et il y en a, pas une seule voix ne doit manquer dimanche.

Oui, dans les urnes mais aussi dans la rue, avec la grève et les manifestations prévues dés le 23 mars, il faut battre la droite.

( 1) Court extrait de l’article de Pierre Marcelle dans Libération ( du 19 mars)

«  Remember Limoges »

Rien d’offre , sinon celle d’une gauche de la gauche minoritaire dont le score révèle cependant que, pour un PS qui se voit beau, il pèse encore de trop. C’est le sens de l’oukaze socialiste contre le NPA, allié avec le Front de gauche dans le Limousin (13,5% au premier tour). En prétendant exclure les partisans de Besancenot d’une union de la gauche locale qu’il ne conçoit qu’à sa botte, le PS a fait capoter le projet d’une liste laboratoire pour toute la gauche. Ce faisant, il a confirmé qu’il privilégiait, et bien au-delà des frontières limousines, son alliance avec les écologistes libéraux. C’est un choix. »

Auparavant, Pierre Marcelle écrivait, je ne peux m’empêcher de vous faire partager ces quelques lignes que je relis avec grand plaisir :

«  Ca, c’est fait »

Mais au-delà des pitreries rituelles, dont la plus éclatante résida dans la contestation arithmétique de leur défaite par les représentants bornés de l’UMP ( épisode dit du « déni »), le scrutin énonça une évidence dont les commentateurs, hélas firent peu de cas. Cette évidence, c’est la mort de la dite « Grande alliance » qu’on ne pleurera pas. La Grade alliance, souvenez-vus…Ce front socialo-écolo-centriste, mais à socle incontestablement libéral, qui devait fédérer le PS, les Verts et le Modem de François Bayrou…Du jour au lendemain, Pffft !, évaporée , la Grande alliance que chantèrent des Gracques au lendemain de la présidentielle.

La crise, sans doute, est passée par là, pour rappeler quelques évidences relatives à la fonction du politique face aux fatalités économiques, mais qui ne sont pas inéluctables, énoncées par des banquiers- ces chers banquiers.

Exit donc le Modem. La réalisation de cet objectif, le premier de Mélenchon, de son Parti de gauche et du Front du même nom qu’il suscita, constitue une information principale. »