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Pourquoi aller mourir en Afghanistan ?

Avoir 20 ans en Kapisa et y laisser la vie

 

Il y aura bientôt 3 ans, le 18 août 2008, que nous apprenions la mort au combat de 8 soldats du 8°RPIMa, terrible information.

L’émotion s’emparait alors de notre ville, Castres meurtrie. A chaque nouveau mort et il y en a 62 aujourd’hui, revient le souvenir de ce mois d’août.

Il y a quelques jours, Florian 20 ans, parachutiste de Pamiers, tombait à son tour. Une photo, quelques lignes de-ci delà avant de passer à autre chose. On ne sait plus pour qui, pourquoi ces jeunes continuent à mourir. Pas de débat, nulle agitation au Parlement, la routine. Pourtant aujourd’hui, 72 % des Français s’opposent à la poursuite de l’intervention militaire (sondage Ifop pour l’Humanité).

Au cours du Conseil municipal du 30 septembre, à la suite d’une délibération dont l’objet était « le soutien du projet civil du 8° RPIMa de Castres en Afghanistan » (contribution de la ville : 5 000 €) , un long débat s’est engagé. Je relis les10 pages du compte rendu et je conseille la relecture à beaucoup, notamment au député Philippe Folliot, qui était longuement intervenu et m’avait qualifié alors : «  Vous êtes dans le jeu des talibans, vous êtes dans le jeu des seigneurs de la guerre, vous êtes dans le jeu des narcotrafiquants, de toutes celles et ceux qui ne souhaitent pas que la situation s’améliore en Afghanistan. »( Admirons au passage le sens de la nuance) .

Il rajoutait : «  Dire qu’il faut se retirer et arrêter, pourquoi ? Pour permettre aux talibans de revenir ? » « Il faut gagner la bataille des cœurs. »

Il répondait alors à mes critiques, dont les principales étaient : l’alignement total de la France derrière l’OTAN, les nombreux morts de civils afghans, femmes et enfants,  intolérables , l’affirmation que l’issue du conflit devait passer par une solution politique, je rajoutais que malheureusement d’autres morts seraient à déplorer demain.

Je citais alors Jean Jaurès : « Surtout, qu’on ne nous accuse point d’abaisser et d’énerver les courages. L’humanité est maudite, si pour faire preuve de courage, elle est condamnée à tuer éternellement. Le courage, ce n’est pas de laisser aux mains de la force la solution des conflits que la raison peut résoudre, le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire, c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe. »

Qu’en est-il aujourd’hui, 3 ans après ? Un gouvernement Karzaï faible et corrompu. Les talibans occupent des territoires tout aussi importants et développent leur influence . Des militaires français affirment : « Dans cette affaire afghane, les alliés font figure de paquetage. » On vient d’apprendre que des négociations s’engagent entre les américains et les talibans (déclaration de Robert Gates, secrétaire américain à la Défense). Chaque jour des civils continuent à être tués, etc…

Rien n’a donc été réglé, contrairement à ce que prévoyait et affirmait avec véhémence le député Folliot lors de cette séance du Conseil municipal inoubliable du 30 septembre 2008.

François Loncle, député PS, déclare dans La Dépêche du Midi (21 juin 2011) : «  Que dire aux parents, aux épouses, aux enfants de nos soldats morts en Afghanistan ? Comment justifier notre participation à une guerre qui est manifestement sans issue ? » etc…

En effet, que leur expliquera donc le député de Castres ?

Alors, pourquoi aller mourir en Afghanistan ? Aujourd’hui, comme nous le disions hier, une seule exigence s’impose : retrait immédiat des troupes françaises d’Afghanistan.

 

Afghanistan : la France doit retirer son contingent

A l’approche du 18 août, je me souviens avec tristesse de la mort de dix soldats français dont huit appartenaient au 8ème RPIMa, tués dans une embuscade tendue par les talibans dans la vallée d’Uzbin. Deux ans se sont écoulés.

Je me souviens du Conseil municipal du mois de septembre où les débats furent vifs sur l’engagement des troupes françaises en Afghanistan. Il faudra revenir sur ce qui fut déclaré alors.

Aujourd’hui, le site américain  Wikileaks a mis en ligne 6 ans de rapports confidentiels émanant de la coalition.

Ces derniers témoignent de la dégradation de la situation à tous les niveaux. Les 92 000 documents publiés viennent confirmer de l’intérieur ce qui apparaissait déjà évident ces derniers mois : les Etats-Unis et leurs alliés sont en train de perdre la guerre en Afghanistan. Les rapports publiés sur le site ainsi que dans 3 journaux : le New York Times, le Gardian, et le Spiegel  couvrent la période de janvier 2004 à décembre 2009 : des documents sur les opérations militaires américaines, sur le rôle du Pakistan et sur les nombreuses bavures de l’OTAN.

Tous les documents projettent une lumière terrible, ce sont les pertes de civils, des enfants et des femmes, des innocents et des vieillards qui payent le plus lourd tribut.

Vous lirez ci-dessous le texte de l’ancien ministre de la Défense Paul Quilès qui demande le retrait des troupes françaises d’Afghanistan (texte publié par le journal Le Monde en date du 28 juillet)

Le conflit afghan concerne un théâtre lointain, pratiquement inconnu de la grande majorité des Français. Notre contingent militaire, de l’ordre de 4 000 hommes, est engagé dans une zone relativement calme. Même quand il essuie des pertes, les marques de solidarité, y compris de la part de l’exécutif, ne sont pas toujours à la mesure des épreuves endurées, peut-être parce qu’il s’agit de soldats professionnels. Le coût de l’opération est présenté comme tolérable. Pas étonnant que ce conflit ne soit pas véritablement un sujet de débat politique en France.

L’opinion pressent aussi que, contrairement aux affirmations officielles, cette guerre n’est plus, depuis longtemps, une guerre contre le terrorisme international. Et, de fait, les partisans du djihad international et d’Al-Qaida, peu nombreux et isolés en Afghanistan, sont largement repliés au Pakistan. Ce n’est pas cette poignée de fanatiques que combattent les 150 000 militaires étrangers aujourd’hui présents en Afghanistan, mais trois mouvements, dont les objectifs sont d’abord nationaux et qui bénéficient d’un soutien significatif, surtout parmi la moitié pachtoune.

L’engagement français est présenté comme un gage de notre fidélité atlantique, une contribution à la reconstruction d’un des pays les plus pauvres du monde et une participation à un effort de stabilisation, pour l’empêcher de retomber dans le chaos qu’il a connu après la chute du gouvernement Najibullah, en 1992.

Mais notre loyauté dans l’Alliance atlantique ne se mesure pas à notre suivisme à l’égard d’une politique d’intervention politico-militaire exclusivement décidée à Washington. Jusqu’en 2003, nous avons, avec raison, considéré que la reconstruction de l’Afghanistan était d’abord une tâche civile. Puis nous nous sommes laissés entraîner dans une opération militaire otanienne sur la totalité du territoire afghan. Ensuite, comme le souhaitaient les Etats-Unis, nous avons progressivement accru notre engagement, en souscrivant à chaque fois aux changements de stratégie décidés par les présidents Bush et Obama.

Le bilan de l’action menée à ce jour est très discutable : un régime à la légitimité incertaine après une élection présidentielle entachée de fraudes massives, une administration impuissante face au pouvoir des chefs de guerre et de l’insurrection, profondément corrompue et mêlée à une production massive de drogue, dont le développement a coïncidé avec l’intervention de l’OTAN.

La politique conduite en ce domaine souffre d’être trop largement occidentale, alors que c’est l’ONU et sa Mission d’assistance en Afghanistan (Manua) qui devraient exercer la responsabilité principale de la gestion politique du conflit afghan.

Une initiative internationale s’impose. Membre permanent du Conseil de sécurité, la France devrait proposer de réunir les pays voisins de l’Afghanistan, ceux détenant un siège permanent au Conseil de sécurité et les membres de l’Union européenne et de l’Alliance atlantique (de manière à associer la Turquie). Cette conférence aurait pour tâche d’établir un statut international de l’Afghanistan, qui en ferait un Etat neutre, dont les autorités s’engageraient à n’apporter aucun soutien au terrorisme international.

Seul ce règlement, prévoyant un retrait total des troupes étrangères, à l’exception d’un volume limité et contrôlé d’assistance militaire technique, serait de nature à rassurer à la fois le Pakistan, l’Inde, l’Iran, la Chine et la Russie. Il devrait en particulier comporter un engagement du Pakistan de cesser de soutenir les mouvements islamistes pachtounes, en échange d’une reconnaissance par l’Afghanistan de la frontière pakistano-afghane actuelle.

Comment susciter une telle démarche ? La France doit retrouver une liberté d’action et une crédibilité qu’elle a largement perdues, en raison de son engagement au sein des dispositifs militaires intégrés de l’OTAN. Il lui faut pour cela retirer son contingent.

Ce retrait doit s’accompagner d’offres de participation aux efforts internationaux d’aide au développement et, en liaison notamment avec l’Allemagne, d’assistance à la restructuration des forces de sécurité intérieure, aujourd’hui très largement corrompues et inefficaces. L’intensification de l’effort militaire que vient de décider le président Obama doit être relayée par une intensification de l’effort civil.

Le développement de l’Afghanistan est actuellement entravé par l’insécurité, que la présence de l’OTAN contribue d’une certaine façon à alimenter. Le président Obama l’a bien compris en proposant de confier la responsabilité de la sécurité du pays aux forces afghanes à l’échéance de 2014. Cet objectif ne pourra cependant être atteint que dans le cadre d’un règlement international du type de celui esquissé plus haut, en associant toutes les parties à la construction de forces militaires afghanes viables.

L’Armée nationale afghane actuelle est, en effet, en grande partie incapable d’agir de façon autonome, notamment parce qu’elle est affaiblie par des désertions et que ses soldats vont parfois jusqu’à retourner leurs armes contre les militaires étrangers qui les encadrent.
Le retrait français doit être immédiatement annoncé et sa mise en œuvre coordonnée avec le désengagement programmé des forces américaines et internationales. Il pourrait par exemple avoir lieu en même temps que les premiers retraits des troupes américaines, prévus pour juillet 2011. Ainsi la France pourrait-elle renouer avec l’inspiration du « plan d’action pour l’Afghanistan » présenté, en octobre 2001, par Hubert Védrine.

Son action s’inscrirait dans une tradition de politique étrangère notamment illustrée par le discours de Phnom Penh de 1966. Dans ce discours déjà, le général de Gaulle recommandait de renoncer à une « expédition lointaine » dès lors qu’elle apparaissait « sans bénéfice et sans justification » et de lui préférer « un arrangement international organisant la paix et le développement ».