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Augustin Malroux vivant

Il y a déjà presque 20 ans, alors secrétaire de section du Parti Socialiste de Castres, j’invitai Anny Malroux à présenter son livre : «  Avec mon père, Augustin Malroux »soirée émouvante et inoubliable en présence de Maître Roger Gabarrou, de Jean Jack Barthas, et de bien d’autres amis et camarades dont beaucoup ont disparu aujourd’hui.

 A l’occasion du 70ème anniversaire de la commémoration du vote des 80 parlementaires, dont Augustin Malroux, député du Tarn,  qui ont refusé le 10 juillet 1940 d’accorder les pleins pouvoirs à Pétain, je relis le livre qui retrace la vie de ce militant socialiste et laïque qui n’a jamais renié ses convictions.

Anny Malroux Louis Lanet, Castres Librairie Coulier -1991

 Je retrouve les quelques notes m’ayant servi à l’introduction de cette soirée du 20 décembre 1991.  « Il y a les hommes de rupture et les hommes de manœuvre, il y a l’intransigeance pour sauver l’âme ou l’habileté pour sauver les meubles, on rudoie ou on louvoie. Augustin Malroux appartenait à la première catégorie, toutes ses actions révèlent un caractère, un homme qui dit non, qui se bute, qui se braque, qui fait tout ce que «  le sens des réalités » déconseille de faire. Faire l’Histoire était son utopie, la subir aurait été sa défaite… »

A ce jour, je n’ai pas lu d’articles dans la presse régionale et départementale . C’est dommage ! Suite à quelques échanges avec certains de mes proches , je m’aperçois que la mémoire vacille et que très peu connaissent l’histoire courageuse et tragique de ce député du Tarn.

A lire ci-dessous les principales étapes de sa vie faite d’engagements et de combats au service des autres ( source : Wikipédia)

Fils d’un ouvrier mineur très marqué par la pensée de Jean Jaurès, Augustin Malroux fit ses études à l’École primaire supérieure (collège) d’Albi, puis à l’Ecole normale d’instituteurs de Toulouse. Après son service militaire (1920 à 1922), il est en poste dans le Tarn de 1923 à 1936 avec son épouse, elle-même institutrice.

Les documents étudiés jusqu’ici par les historiens ne permettent pas de déterminer quand il adhère à la SFIO. Il est en revanche avéré qu’il fonde la section de Lafenasse 1928 et en devient le secrétaire. Il participe à tous les congrès de la fédération du Tarn. Au congrès national de la SFIO, tenu à Paris en juillet 1933, il soutient Léon Blum et s’oppose à Adrien Marquet et Marcel Déat. Le 4 février 1934, il devient secrétaire de la fédération du Tarn.

En 1935, il est élu maire de sa commune natale. L’année suivante, il est élu député du Tarn.

 Il devient membre de la Commission Administrative Permanente, organe décisionnaire de la SFIO à l’époque. Il effectue plusieurs visites en Aveyron, en Haute-Garonne, dans l’Hérault et même dans la région d’Oran, en avril 1937, pour appuyer les socialistes locaux. Son voyage en Algérie lui vaut d’être durement critiqué par certains journaux, car il manifeste son anticolonialisme.

En décembre 1938, il dépose un amendement à la chambre des députés pour exonérer de taxes les exportations de blé vers l’Espagne républicaine. En février 1940, il dénonce la partialité de la censure qui autorise la publication d’appels au meurtre explicites contre Léon Blum et d’atteintes à la laïcité. Il est alors pris à partie par quelques députés de droite et d’extrême droite, notamment Philippe Henriot.

Héros et martyr de la Résistance

Le 10 juillet 1940, il est l’un des quatre-vingts parlementaires qui votent contre l’attribution des pleins pouvoirs au maréchal Pétain. En septembre 1940, il participe à la fondation du Comité d’action socialiste (CAS) pour la zone Nord, offre son domicile parisien pour les réunions clandestines, puis assure la liaison entre le CAS Nord et le CAS Sud, fondé lui par Daniel Mayer. En mai, puis en décembre 1941, il participe aux réunions du CAS Sud. Il travaille activement avec Suzanne Buisson et Edouard Froment.

Augustin Malroux veille également à maintenir le contact avec les députés socialistes internés ou incarcérés. Il informe de ses activités Louis Noguères, autre député SFIO ayant voté contre les pleins pouvoirs, et assigné à résidence par le régime de Vichy.

Dès 1940, il est chargé d’établir le lien entre Libération-Nord et Libération-Sud. En 1942, ce mouvement le charge de créer un groupe de combat.

A la fin de 1941, il participe à la reconstitution clandestine du Syndicat national des instituteurs, dans un réseau d’enseignants fondé par Georges Lapierre, ancien secrétaire général du SNI (mort à Dachau). Ce réseau s’intègre dans la Confrérie Notre-Dame. Enfin Augustin Malroux adhère à l’Organisation civile et militaire.

Arrêté le 2 mars 1943 à Paris, Augustin Malroux est incarcéré à Fresnes. Le 15 septembre 1943, il est déporté en Allemagne. D’abord détenu dans le camp de Neue-Bremm, il est ensuite transféré dans les prisons de Francfort, Kassel, Halle et Berlin, puis détenu à Sachsenhausen (Kommando de Baad-Saarow) d’octobre 1943 à février 1945. Il est alors transporté à Bergen-Belsen, où il meurt le 10 avril.

Sa mort n’est certifiée que quelques semaines plus tard. Entre temps, la SFIO tarnaise en a fait sa tête de liste pour les élections municipales à Carmaux. Il est proclamé maire le 17 mai 1945.

 

Le 10 juillet…1940

Vote des pleins pouvoirs à Philippe Pétain le 10 juillet 1940.

 

Au détour d’un échange avec M.Olivier que vous avez pu lire dans ce blog au sujet de l’équipe de France de football, Bernard Carayon, député de la 4ème circonscription du Tarn s’invite dans la discussion avec le sens de la nuance que chacun lui reconnaît : « M.Guerineau a vraiment un problème avec le patriotisme…Il faut dire qu’entre l’ héritage de la chambre du front popu. qui vote les pleins pouvoirs à Pétain et ses amis internationalistes qui préféraient être « rouges que morts »!!!! »

Le sujet est trop sérieux pour s’adonner à la moindre polémique ou instrumentalisation politicienne.

Tournons nous nous donc vers les historiens. Pour Eric Conan et Henry Rousso «  Vichy, un passé qui ne passe pas » ( Editions Fayard, 1994), il est inexact de soutenir que ce serait : «  La Chambre du Front populaire » qui aurait accordé les « pleins pouvoirs » à Pétain en raison d’une part, de l’évolution politique advenue depuis 1936 et d’autre part, de la présence des sénateurs ( 212 Pour sur les 235 votants) et enfin de l’absence de nombreux parlementaires (17 parlementaires décédés et un grand nombre se trouvant, à cause de la guerre, dans l’impossibilité de rejoindre Vichy ou ne souhaitant pas s’y rendre).

Ils écrivent notamment :

« [...] il faut rejeter le slogan selon lequel c’est « la chambre du Front populaire » qui a sabordé la République, cliché véhiculé depuis longtemps par l’extrême-droite pour dédouaner le régime pétainiste et repris récemment par ceux qui affirment que les crimes de Vichy doivent être assumés par la République, celle-ci ayant eu sa part dans l’avènement du nouveau régime. Cette assertion, souvent répétée au cours des polémiques de 1992, est inexacte (même si elle recèle une part de vérité dans la mesure où il n’y eut pas d’élection législative entre le 5 mai 1936 et le 10 juillet 1940). Elle sous-estime d’abord l’évolution politique entre 1936 et 1940, la fragilité de la coalition des radicaux, des socialistes et des communistes ou encore les fractures engendrées en 1938 par la crise de Munich. Surtout, elle fait fi de la présence, au Casino de Vichy, de 245 sénateurs qui, pour le moins, n’avaient guère été favorables, dans leur immense majorité, au Front populaire, puisque c’est le Sénat qui avait fait chuter le premier gouvernement Blum. Ensuite, il faut rappeler que, sur un effectif de 907 députés et sénateurs en 1939, seul 670 étaient présents à Vichy[] [...] »

Jean-Pierre Azéma dans son livre «  De Munich à la Libération, 1938-1944 » écrit : «  On affirme régulièrement que la République a été bradée par la Chambre du Front populaire. Il faut apporter deux correctifs à cette assertion le plus souvent malveillante tout comme les parlementaires du Massilia( 26 députés et 1 sénateur), les députés communistes étaient absents parce qu’exclus de l’Assemblée( 60 députés et 1 sénateur) ».

Nous avons grâce au livre d’Anny Malroux, fille du député SFIO du Tarn, Augustin Malroux qui vota contre,  un témoignage précis des journées des 9 et 10 juillet concernant le chantage, les pressions, les menaces exercées sur les députés. « Il y a des hommes à Doriot dans toutes les rues. Le bruit court que ceux qui voteront contre Pétain ne sortiront pas indemnes d’ici. » François Camel, député de l’Ariège écrit : «  Le chantage, l’abominable chantage, enveloppait chacun de nous. C’étaient des bruits de menaces, de toutes sortes de menaces qui rôdaient ».

Jean-Pierre Azéma dans son ouvrage fait référence à Léon Blum ( déposition au procès Pétain) qui a évoqué l’hébétude , la résignation, « la peur  des bandes de Doriot dans la rue , la peur des soldats de Weygand à Clermont, la peur des Allemands qui étaient à Moulins ».

Parmi les 80 qui ont pris devant tout le monde ( le vote n’était pas secret) le bulletin bleu sur lequel était inscrit Non, la très grande majorité n’appartenait pas à la Droite : 12 députés radicaux-socialistes, 14 sénateurs de la Gauche démocratique, 36 députés ou sénateurs socialistes. Sur ces 80, 31 seront incarcérés ou placés en résidence surveillée, 10 d’entre eux seront déportés, 5 en moururent dont Augustin Malroux dont je vous parlerai longuement la semaine prochaine.

Le 10 juillet 1940, Augustin Maroux écrit une lettre à sa femme et à ses deux filles :

« Ma chère femme, mes chers enfants,

Ceci est mon testament politique. Je veux que plus tard vous sachiez qu’en des heures tragiques  votre « Papa » n’a pas eu peur de ses responsabilités et n’a pas voulu – quelles que soient ses craintes- être parjure à tout ce qu’il a appris puis enseigné dans sa vie.

J’ai été élevé dans l’amour de la République. Aujourd’hui, on prétend la crucifier. Je ne m’associe pas à ce geste assassin. Je reste un «  protestataire ». J’espère le rester toute ma vie pour  être digne de ceux qui m’ont précédé et ne pas vous faire rougir.

Je vous embrasse très affectueusement.              Papa »

 

Augustin Malroux sera arrêté le 2 mars 1943 à Paris, déporté en Allemagne, il mourra à l’âge de 45 ns le 10 avril 1945 dans le camp de concentration de Bergen-Belsen.