
Castres, le 27 mai
Et pendant ce temps-là…
Vous êtes invités à participer au prochain Cercle de Silence, comme dans plus de 160 villes en France, à Castres,
le Vendredi 24 juin, place Jean Jaurès, près de la fontaine de 18h à 19h.
Nous protesterons en silence afin de dénoncer l’enfermement de personnes, adultes et enfants, pour le seul fait d’être entrées en France pour vivre mieux ou sauver leur vie, pour manifester notre inquiétude devant leurs conditions de détention et protester contre le délit de solidarité, sans oublier les 250 noyés oubliés de tous.
Nous vous rappelons que le Cercle de Silence à lieu tous les derniers vendredis du mois.

Castres, le 27 mai
Et pendant ce temps-là, à quelques kilomètres de Castres…
Vous trouverez ci-dessous des extraits du bulletin( mai 2011) rédigé par l’équipe de la CIMADE au sujet du Centre de rétention de Cornebarrieu faisant état des retenus (détenus?) parmi lesquels 9 ENFANTS, ainsi que des témoignages.
Pour plus d’informations, on peut prendre connaissance du site de la CIMADE.
Les enfants du mois de mai.
Depuis le mois d’avril, les Préfectures ont été freinées dans leur course à l’éloignement puisqu’elles ne peuvent plus placer les sans-papiers en garde à vue. Elles se rabattent donc vers des proies plus faciles. Des personnes identifiées, peu mobiles, dont elles connaissent l’adresse : les familles. C’est ainsi que nous avons assisté ce mois-ci au placement de quatre familles avec de très petits enfants.
Odval avait 3 mois et demi. Elle est née à Purpan. Sa mère, une jeune femme de nationalité mongole, a quitté la Hollande pour fuir les violences d’un réseau de traite. Elle a essayé de demander l’asile à la France pour pouvoir élever sa petite fille mais comme réponse, elle a reçu une convocation à la Préfecture avec une interpellation au guichet et un retour forcé à Amsterdam via le centre de rétention. Refus d’embarquer. Libération par le Juge des libertés pour illégalité de la procédure d’interpellation.
Ensuite ce fut le tour d’Emir, âgé de 5 mois. Lui aussi né en France, à Pau, de parents tchétchènes. La police est venue les chercher à l’hôtel où ils étaient hébergés à 6 heures du matin. Un embarquement était prévu pour la Pologne où leur demande d’asile n’a aucune chance d’aboutir et où les conditions d’accueil des réfugiés sont désastreuses. Ils échappent à un premier avion parce qu’il manque un billet pour le petit. La Préfecture doit faire vite parce qu’elle sait que la procédure est entachée d’irrégularité. Dans l’après midi, deuxième tentative d’embarquement. Le ballet reprend. Une escorte policière, tout le chargement, les valises, la poussette, et un autre refus. Retour au centre. Entre temps, il faut organiser les siestes, les biberons, le lait, les couches… Le lendemain, libération par le juge des libertés pour illégalité de la procédure d’interpellation.
Au centre, tout le monde est tendu lorsqu’il y a des enfants. Les retenus, la police, le personnel médical. Surtout que là, les petits sont très petits. A première vue, ils ne semblent pourtant pas trop affectés par cette épreuve. Ils regardent ce nouveau lieu avec curiosité parfois avec amusement. Ils n’ont jamais vu autant de personnes tous de bleu vêtu. Certes, ils ne dorment pas bien ; il faut dire que les hauts parleurs qui annoncent les rendez vous aux visites, à l’infirmerie ou aux repas, entre deux décollages d’Airbus A380 ça aide pas pour se reposer. Mais les parents arrivent à faire face. Ils arrivent à trouver du temps pour s’amuser avec leur bébé. Ce réjouir de leur nouveau sourire ou du nouveau mot qu’il vient d’inventer.
C’est pareil pour Magomed. Lui, a 7 mois. Il est né à Clermont Ferrand mais le Préfet veut le renvoyer avec ses parents à Grozny, en Tchétchénie où ils ont été violemment torturés. Le père y a perdu la plupart de ses doigts. Là encore, la police les a pisté prés de leur CADA et les a arrêté dans la rue. Tout était calculé et prévu pour partir directement au centre de rétention sans passer par la garde à vue. Cette fois, le Juge des libertés n’y trouvera rien à redire. Quelques jours plus tard, il faudra une intervention de la Cour européenne des droits de l’Homme pour obtenir leur libération. Cette dernière estime en effet que renvoyer des opposants tchétchènes à Moscou avec un bébé de 7 mois pose un problème de risque de traitements inhumains et dégradants.
Gagig et Elena aussi sont passés au CRA. Eux sont un peu plus grands et puis ils connaissent l’endroit. C’est la deuxième fois en deux mois. A chaque fois c’est la même histoire. Ils sont raflés dans la rue à proximité de leur hôtel. Ils passent quelques jours au centre et sont libérés par le juge des libertés. A chaque fois, c’est la même angoisse. Les heures en camionnette grillagée. Les repas au commissariat, le bruit des avions, et puis l’annonce de la libération tard dans la soirée sans explication, sans raison et se retrouver entre les pistes de Blagnac et le centre commercial Leclerc sans savoir où dormir le soir.
En ce moment, c’est Erjon qui est au centre. Ces parents sont du Kosovo. Pour lui, c’est plus difficile. Il a quinze mois et il est assez grand pour comprendre ce qui se passe. Il porte la peur et la souffrance sur son visage. Sa mère pleure beaucoup. Elle est à bout de nerfs. Cela fait trois mois qu’ils ne dorment plus de peur d’une arrestation. Lui aussi pleure beaucoup, à chaque fois qu’une porte claque ou qu’un micro s’ouvre. Il ne s’alimente pas bien. Il ressent tout et surtout le stress de ses parents. Eux aussi ont été raflés dans la rue à Clermont Ferrand. Entendons nous bien. Quand j’emploie le terme « raflés », je pèse les mots et j’utilise celui qui définit le mieux l’action qui a conduit les services de la Préfecture du Puy de Dôme avec les services de police à réfléchir à un système consistant à interpeller des familles en évitant de les placer en garde à vue. Il a donc été décidé, de manière préméditée, concertée et bien organisée de procéder comme suit.
Le bureau de l’éloignement de la Préfecture se chargerait de rédiger un arrêté deplacement en rétention. Pendant ce temps, une équipe de la police se chargerait de guetter la sortie de la famille devant leur appartement. Ils arrivent à repérer le père qui se promène avec son fils. Ils le retiennent dans l’appartement et vont attendre que la mère revienne de son cours de français. Dés qu’elle arrive, ils embarquent tout le monde au commissariat avec juste quelques affaires. Ne vous inquiétez pas m’ssieur dame, c’est pour une vérification de routine au commissariat et on vous ramène. Là bas, un interprète a été préalablement convoqué. Il faut faire vite car il n’y a que 4 heures pour effectuer toute la procédure. L’arrêté de placement en rétention est notifié. Les policiers n’ont pas de nourriture pour les parents, ils se débrouillent pour trouver quelque chose pour le bébé. Tout le monde est installé dans une camionnette et c’est parti pour un voyage de 5 heures au centre de rétention. Arrivée à 22h45. Cette fois ci c’est la bonne. Cela fait maintenant trois mois que les autorités préparaient cette opération d’envergure. Les kosovars leur avaient déjà échappé à deux reprises. La première fois, il y a trois mois, la police avait trouvé le papa et l’avaient mis en garde à vue. Comme ils n’avaient pu mettre la main sur la maman et son fils, ils avaient fini par le relâcher en attendant une meilleure occasion. Une seconde fois, quelques jours plus tard, Monsieur avait été surpris de voir les mêmes policiers dans son appartement lorsqu’il rentrait chez lui. Comment sont-ils entrés ? Cette fois encore, la maman partie chercher à manger aux Restos du coeur est restée introuvable. La famille a du se cacher. Plus de sortie, plus de crèche et la peur permanente. La troisième tentative a été la bonne. Rien ne sert de courir. Tout est une question de méthode.
Dernière minute : Erjon et ses parents ont finalement été libérés du centre in extremis. Encore une fois, c’est la CEDH qui a enjoint la France de surseoir à leur expulsion. Cette fois, c’est passé près.
L’été comme un enfant s’est installé
Sur mon dos
Et c’est très lourd à porter
Un enfant tout un été
Sans cigales
Avec des hiboux ensoleillés
Comme les enfants du mois de mai
Qui reviendront cet automne
Après l’été de mil sept cent quatre-vingt-neuf
Ça ira ça ira ça ira
Léo Ferré

Castres, le 27 mai