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Gérard Larcher, le bon apôtre

«  Garde toi, tant que tu vivras,

  de juger des gens sur la mine » (1)

Samedi 3 juillet, à Graulhet, se tenait le 59ème Congrès des Maires et des Elus Locaux du Tarn. J’avais beaucoup hésité avant de me rendre à cette assemblée annuelle, au rituel bien rodé, sorte de grande messe laïque, qui ne laisse place ni à l’improvisation ni surtout à un réel débat démocratique concernant les problèmes du moment. Toutefois autour de l’apéritif , c’est l’occasion de rencontrer quelques amis.

Cette année, l’affiche est alléchante puisque le Président du Sénat est l’invité vedette . Je ne serai pas déçu. Pour aller à l’essentiel, Jean-Marc Pastor, sénateur mais aussi questeur (il n’y en a que 3 à remplir cette fonction de grand argentier), accueille comme il se doit son «  ami de 15 ans » en présence de 320 élus.

Le sénateur du Tarn présente Gérard Larcher en distinguant l’Homme ( avec un H majuscule), le Président du Sénat et le politique . L’homme, tout d’abord, vous ne le saviez pas, est loyal, fidèle en amitié (défense de rire), gros travailleur. Le Président s’attache à «  re-moraliser » ( sic) la maison Sénat ( y’a du boulot !), il sait écouter la minorité. Le politique : dans son for intérieur, c’est un humaniste(félicitations).

Bien évidemment, quand on invite quelqu’un, autant être poli et courtois mais je trouve cette présentation bien déséquilibrée.

Gérard Larcher reste avant tout un hiérarque de l’UMP, engagé très jeune à droite ( UJP), maire à plusieurs reprises de Rambouillet, sénateur des Yvelines, la circonscription dans laquelle se trouve sa ville était celle de Christine Boutin. Il fut ministre des gouvernements de Raffarin et de Villepin (de grands humanistes, également). Il se définit et le proclamera à plusieurs reprises comme un  «  gaulliste social » ( on n’avait pas remarqué).

La parole est au Président du Sénat : «  J’ai beaucoup d’estime, de respect et même de l’amitié pour Jean-Marc » ( tout va bien dans le meilleur des mondes). Opération déminage : objectif, rassurer les maires, essentiellement ceux des communes rurales, des conséquences de la réforme des collectivités locales «  La commune est le lieu de notre démocratie, c’est notre histoire, cellule de base de la République ». Voilà pour la musique. Le Président du Sénat constate qu’aujourd’hui 93 % des communes ( 98 % de la population) sont dans des Communautés ( de communes, d’agglomérations, urbaines). Joli lapsus : «  Il faut achet…achever la carte de l’intercommunalité ».

En d’autres termes, les communes qui ne sont pas dans une intercommunalité devront obtempérer mais surtout les périmètres actuels des diverses communautés pourront être modifiés autoritairement par le préfet (avec il est vrai un garde fou , bien aléatoire, un vote à la «  majorité des 3/5» ?). Pas d’élection directe du président et des membres des communautés mais nécessité d’un  « fléchage » au moment des élections municipales.

Gérard Larcher approuve totalement l’élection de conseillers territoriaux (qui remplaceront le Conseiller général et le Conseiller régional), approuve le gel des dotations de l’Etat , évoque la clause dite de  «  revoyure » suite à la suppression de la taxe professionnelle et en conclusion, déclarera : «  Si notre modèle social est mis à mal, c’est le modèle républicain qui foutra le camp ». 

Interventions de Thierry Carcenac, président du Conseil général du Tarn et de Martin Malvy , Président de la région Midi-Pyrénées.  Ce dernier n’était manifestement pas venu à Graulhet participer au consensus ambiant. Il fut clair et direct.

Quelques extraits : « Notre modèle social français est déjà mis à mal (…) Nous devons faire face à une crise majeure des finances publiques (…) Ce ne sont pas les collectivités locales qui sont responsables de la crise (…) D’ailleurs elles ne représentant pas 10 % de la dette de l’Etat(…) Je ne supporte plus d’entendre que les collectivités locales gaspillent (…) On a vendu cette soi-disant réforme comme mesure d’économie. C’est faux bien au contraire(…) Nous représentons 75 % des investissements publics(…) Nous ne croyons pas aux garanties du gouvernement. On nous a déjà fait le coup avec Raffarin (…) Je suis contre que le préfet puisse trancher sur les périmètres de l’intercommunalité (…) Il y a un paradoxe, tout le monde souhaitait une réforme de clarification. Aujourd’hui, tout le monde est contre ( en effet, toutes les associations d’élus se sont prononcées contre). Comme l’a dit un spécialiste : «  La montagne n’a pas accouché d’une souris mais d’un rat »(…) Les subventions croisées de la Région vers les départements représentent 7 % avec le Tarn , 30 % avec l’Etat ( …) Le but de la manœuvre est que l’on fasse porter aux collectivités locales les baisses  d’intervention financière, etc… » Beaucoup de détermination dans l’intervention de Martin Malvy, c’est la Gauche que l’on aime.

Une question sera posée par un vice-président du Conseil général au sujet de l’amendement proposé par le groupe communiste républicain et citoyen (CRC) et adopté  par 158 voix contre 156 (contre l’avis du gouvernement) en 2ème lecture du projet de loi  sur la réforme territoriale. L’amendement rétablissait la clause de compétence générale pour l’ensemble des collectivités territoriales. Réponse : « Tout cela sera revu à la rentrée » ( comprendre que l’on fera revoter sur l’amendement) .

Une question me traversait l’esprit sur la route du retour : comment peut-on sur bien des sujets dire une chose à Paris et son contraire dans un département , voire même dire une chose devant l’assemblée des élus tarnais le matin et sans doute tenir un autre discours devant l’assemblée des militants UMP réunis l’après midi ? (Notre humaniste n’oublie pas la politique).

C’est un métier, mon petit  et au Sénat, il faut des années et des années pour l’apprendre..

(1)   « Le cochet, le chat et le souriceau » ( il aurait été cruel de choisir «  Le chat, la belette et le petit lapin » avec le chat Raminagrobis donc restons à la première fable)…

 «  Il est velouté comme nous,

Marqueté, longue queue, une humble contenance ;

Un modeste regard, et pourtant l’œil luisant :

     Je le crois fort sympathisant,

Avec messieurs les Rats ; car il a des oreilles

     En figure aux nôtres pareilles.

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     …………………………….

-Mon fils, dit la Souris, ce doucet est un Chat,

    Qui sous son minois hypocrite

    Contre toute ta parenté

    D’un malin vouloir est porté.

    …………………………….

    …………………………….

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Quant au Chat, c’est sur nous qu’il fonde sa cuisine ».