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Martin Malvy et Jean-Luc Mélenchon (1)

« Martin Malvy – des racines, des combats et des rêves »

                                                                                                          Jean-Luc Mélenchon : «  Qu’ils s’en aillent tous !  »

 

Fin de semaine studieuse, je termine la lecture des deux livres cités ci-dessus, livres qui devraient intéresser sinon passionner celles et ceux qui partagent le combat de la Gauche. Le hasard veut sans doute que ces deux livres paraissent au même moment. Nulle tentative de ma part d’amorcer une analyse comparative, chacun des livres n’ayant pas le même objet.

Lundi dernier, je me suis rendu à l’Hôtel de l’Europe à Castres où Martin Malvy présentait son livre au milieu d’une vingtaine de personnes parmi lesquelles Jacques Limouzy et son compère , ancien conseiller général, Y.Aussenac.

Il s’agit d’une rapide biographie du Président de la Région, celui-ci est interviewé par 2 journalistes de la Dépêche du Midi, ce qui donne du rythme à l’ensemble de l’ouvrage. Le fait d’avoir été le Président de Région le mieux élu de France avec 67,77 % des suffrages peut limiter notre appréciation sur le nécessaire bilan critique d’une Gauche qui a pourtant souvent failli par le passé.

On peut distinguer trois parties d’ailleurs d’inégale importance , les racines et la jeunesse, sa profession de journaliste et 40 ans d’une vie politique bien remplie.

On découvre le grand-père, homme de Gauche, député du Lot en 1904 à moins de 30 ans mais surtout ministre de l’Intérieur en 1914. Il le restera jusqu’en 1917. Maire de Souillac, Président du Conseil général du Lot. Mais au printemps 1917, face à une campagne violente de l’extrême droite, Louis-Jean Malvy sera accusé de tous les maux et en particulier de « trahison ». Jugé en Août 1918 par la Haute Cour de Justice ( en fait l’ensemble des sénateurs) il sera condamné à 5 ans de bannissement. Procès inique, il y a 2 ans un historien a consacré un ouvrage à cet épisode de la IIIème République, son titre : «L’affaire Malvy, le Dreyfus de la grande guerre ». Il fut réélu député du Lot en 1924 et redeviendra même ministre de l’Intérieur en 1926. Son fils et son petit-fils Martin seront accusés pendant des années par la droite extrême d’être « le fils, le petit-fils du traître ». Blessure indélébile.

Passons vite sur la jeunesse de Martin Malvy, sa vie d’étudiant à Toulouse, ses premiers pas dans le journalisme à Sud Ouest puis à La Dépêche du Midi (le livre relate nombre d’anecdotes).

J. Limouzy et Y.Aussenac

C’est en 1965 qu’il fait la connaissance de François Mitterrand et rejoint la Convention des Institutions Républicaines. Première aventure électorale, 1968, il est choisi pour affronter Bernard Pons. C’est l’époque où il faut être « adoubé » par la patronne de La Dépêche du Midi. De défaites en victoires, il sera successivement le plus jeune conseiller général du Lot, président du Conseil général, député, maire , etc…

Je vous laisse découvrir son entrée au gouvernement Fabius (en juillet 1984) comme secrétaire d’Etat à l’Energie (redéploiement industriel). C’est le temps de la fermeture des mines en particulier celle de Carmaux. Eté 85, le Rambo Warrior est coulé par des agents de la DGSE. Sur ces années-là, j’aurai aimé sans doute un développement plus important, en quelque sorte «  un droit d’inventaire » plus lucide et plus approfondi.

Martin Malvy sera ensuite ministre du Budget. On partage son émotion lors du suicide de Pierre Bérégovoy.  Martin Malvy au moment de la déroute des élections législatives en 1993 sera un des rares à retrouver son siège de député. Là encore en ce qui concerne ces années, même si , dit-il, «  la Gauche a commis des erreurs. Elle a eu ses faiblesses ». J’aurai aimé lire que les socialistes avaient bien tiré tous les enseignements de cette période en particulier ce que l’on nomme pudiquement « les dérives du pouvoir ».

Là où Martin Malvy est très convaincant, c’est tout ce qui concerne la région Midi-Pyrénées. Le formidable travail réalisé depuis 1998, sa critique de la politique de Nicolas Sarkozy tentant de remettre en cause la politique de décentralisation. L’on découvre alors une volonté farouche de faire de Midi-Pyrénées tout en respectant sa grande diversité, une région particulièrement dynamique, attaché à l’équilibre de ses territoires et qui affirme une exigence de ne laisser personne de côté.

Tout au long du débat public concernant le projet autoroutier Castres-Toulouse, Martin Malvy avait formulé on s’en souvient ( dans le concert d’approbation sans principes de nombreux élus de Gauche) un certain nombre d’exigences. On peut lire p.206 : «  Le gouvernement a retenu un schéma autoroutier. Ce n’était pas le mien. Il a l’intention de nous faire participer au financement . Au delà des moyens, cela pose un problème. Faire payer le contribuable pour que les sociétés autoroutières distribuent des dividendes est choquant. »

Tout au long de l’ouvrage, l’on s’interroge sur ce qui peut séparer le compromis qui élève de la compromission qui abaisse. Où passe la frontière ? Vaste débat ! Martin Malvy, lui,  a fait souvent le choix du compromis qui élève.

« Martin Malvy – des racines, des combats et des rêves »,entretiens avec Jean Christophe Giesberg et Marc Teynier, Ed. Michel Lafon, 17€50.

 

Prochain article : le livre de Jean Luc Mélenchon : «  Qu’ils s’en aillent tous ! » Ed. Flammarion

 

Le silence des urnes…

«  Pas de raison de sauter comme un cabri quand les Français vont mal… » ( Benoît Hamon)

Tu as  raison Benoît ,surtout qu’il s’agit avant tout d’un vote de rejet de la Droite et non une adhésion à un programme de Gauche qui n’existe d’ailleurs pas… Tu as d’autant plus raison qu’il s’agit d’une victoire des présidents de région, d’une victoire du rassemblement à Gauche et des écologistes.

 Parmi eux, Martin Malvy sur le podium des élus socialistes . Beaucoup de choses ont été dites et écrites sur le niveau atteint par la liste de rassemblement de Gauche et des écologistes, à savoir 67,78 % en Midi-Pyrénées.

 Mais je voudrai souligner ce qui est pour moi satisfaction dans le parcours de Martin Malvy : sa fidélité à ses convictions mais aussi en amitié. 

Je n’oublie pas qu’il fut un militant de chaque instant pour le NON au Référendum de la Constitution Européenne. Il allait de réunion en réunion, ce n’était pas facile, d’autres préféraient se cacher. Fidélité à un homme, sans doute le plus insulté au sein de son parti, et cela depuis des années : Laurent Fabius. Parcours politique courageux , pas du genre à changer d’écurie ( pardon, de courant) suivant l’air du temps… pour jouer placé.

Je peux rajouter qu’il est venu à Castres soutenir , entre les deux tours des élections municipales en 2008 ,  la liste de rassemblement à Gauche que je conduisais.

Tiens, à propos de Constitution mais celle-ci, française, d’autres pour ne pas les nommer comme le PRG, votaient la réforme et permettaient à Sarkozy de triompher devant les Assemblées . Qu’en est-il aujourd’hui , par exemple du référendum d’initiative populaire, etc ? Depuis le 21 mars au soir, c’est sans doute la météo, beaucoup de «  mouches du coche » bourdonnent …

Le silence des urnes :

L’importance de l’abstention  à l’occasion des élections régionales des 14 et 21 mars, devient comme l’écrit le journal Le Monde ( 22 mars) un fait démocratique majeur. Elle dilue toutes les autres statistiques , toutes les leçons à tirer de ce suffrage en principe universel.

A l’exception de la présidentielle de 2007, cette abstention croît dans tous les types de scrutins ( 35 % aux municipales, 40 % aux législatives, 45 % aux cantonales, 60 % aux européennes) auxquels il faudrait rajouter le vote blanc ou nul, sans compter les 8 ou 10 % de citoyens majeurs  qui ne s’inscrivent pas sur les listes électorales.

Les sympathisants de Droite (malgré un léger sursaut entre les deux tours ) sont nombreux  à avoir choisi l’abstention  pour dire leur mécontentement du sarkozysme et de sa politique. (Qu’ils y restent !)

Le plus important et décisif pour notre démocratie est le niveau atteint par l’abstention chez les jeunes et les couches populaires : 72 % des électeurs de 18 à 34 ans se sont abstenus, 38 % des plus de 65 ans, 69 % chez les ouvriers, 64 % chez les employés…44 % dans les professions libérales et chez les cadres. Il y a dans notre pays de véritables zones de «  non vote ».

En effet l’abstention s’est élevée à plus de 68 % à Clichy sous Bois, 67 % à Stains, plus de 66 % à Bobigny, aux Mureaux, à Sarcelles mais aussi à Vaux en Velin, plus de 65 % à Roubaix, à Tourcoing, à Corbeil-Essonne, etc, etc…

Malgré cette «  insurrection civique » comme le dit Mélenchon, essayons d’analyser quelques chiffres castrais.

A Castres :

Entre les 2 tours et depuis dimanche, j’ai rencontré beaucoup de jeunes et de moins jeunes . Ils n’avaient pas voté, ne comptaient pas le faire . Pourtant les mêmes s’étaient engagés auprès de moi lors des élections législatives ou municipales. Un même leitmotiv : «  Rien ne change…Au contraire tout s’aggraveToute possibilité d’obtenir un emploi est quasi nulle. .. La Région, c’est quoi ?… On ne connaît pas trop les personnes qui sont sur les listes, etc… »

Malgré cela et un taux d’abstention  inquiétant dans notre ville , ce dernier n’atteint pas globalement les abîmes de bureaux de vote de nombreuses cités.

Au 2ème tour à Castres, légère progression de la participation de 47,77 % au 1er tour à 51,29 %. La palme civique si on peut dire, revient aux Serres municipales ( bureau très à droite) avec 57,37 % de votants. Dans les bureaux peu fréquentés , ceux de quartiers populaires, par exemple Ecole Maternelle de Laden avec 41,08 % ( c’est quand même  peu), Ecole Louis David avec 43,41 %, pour la salle du Conseil Municipal avec seulement 41,45 % de votants ( conjonction sans doute de deux phénomènes : un électorat populaire jeune de centre ville qui ne se déplace pas  et un abstentionnisme de Droite).

A noter toutefois qu’au niveau de la participation, le Tarn est à 56, 30 % , Albi à 55,55 %.

Le vote nul ou blanc est passé de 559 à 981 soit de 4,7 % à 6,4 % des votants .

Difficile d’analyser les transferts. On peut s’abstenir au 1er tour et voter au 2ème et inversement.

Martin Malvy atteint à Castres 59, 50 %. Il réalise ses plus beaux scores dans les bureaux de  Louis David avec 69,65 % , Ecole de Roulandou avec 69,10 % et 67,36 % à l’école maternelle Olivier Messiaen.Les moins beaux étant les Cèdres 50,27 %, école maternelle de l’Albinque 51,17 % .

 A souligner dans le Tarn , Martin Malvy est à 66,30 % ; 68,20 % à Albi ; 63,17 % à Tarbes ;  63,64 % à Montauban, etc…

Pourquoi une telle différence entre Albi et Castres et d’autres villes de Droite ? J’ai bien ma petite idée mais je vous laisse travailler le sujet, les copies seront ramassées à la fin du mois.

Pour Brigitte Barèges ( UMP)  40,49 % avec dans l’ordre 49,72 % aux Cèdres, 48,82 % Ecole maternelle de l’Albinque.

Retrouvant les résultats des élections régionales de 2004, je constate un Front National présent au 2ème tour avec un score sur notre ville de 14,82 % ( 15,67 % au 1er tour) . Il atteignait 21,75 % au bureau de vote d’Aillot ; 18,52 % à César Frank, 18,17 % à Louisa Paulin, 17,84 % à Oliver Messiaen.

En 2010, au 1er tour, 13,35 % des voix avec je le rappelle 18,90 % à Louis David , 17,75 % à La Pause et donc pour le canton sud ( Lameilhé) un score qui s’élève à 15,01 %. Vous le savez, le FN en Midi-Pyrénées ne dépassant pas 10 % n’aura aucun élu ( 8 en 2004 ) ce qui n’empêche pas de réfléchir sérieusement à un vote Front National toujours aussi élevé à Castres.