Eau : ce fut une belle privatisation !
Publié dans a) Eau : de la privatisation à la condamnation ? (10), le 15/06/2011 à 17:26, par Philippe GuerineauQuel gâchis !
Pour bien comprendre la situation actuelle ( bien sûr vous avez (re)lu l’ensemble des articles de ce blog sous la rubrique « Eau : de la privatisation à la condamnation ? »), il faut remonter au 1er janvier 1991, date où la Lyonnaise des Eaux remplace à Castres notre service public de l’eau, (que rien ne justifiait , infrastructure en bon état, etc…).
A l’entrée de l’Archipel, à votre droite, une plaque colossale où apparaît du beau monde : Michèle Alliot-Marie, ministre des sports, Jacques Limouzy , maire RPR de Castres et son adjoint dévoué, Jacques Thouroude, ( grand responsable du RPR devant l’éternel), P.Bugis est alors conseiller municipal chargé des affaires juridiques et surtout Jacques Monod, président de la Lyonnaise des Eaux- Dumez…Impressionnant ! Sans oublier l’architecte » officiel » de la ville.
En vérité, une belle famille qui sait défendre et faire fructifier les intérêts bien compris de l’ensemble de ses membres.
Petit retour en arrière, 1989 : la droite RPR, Limouzy en tête ( après une campagne électorale très dure) bat la liste d’Union de la gauche conduite par Philippe Deyveaux (PS).
Fin 1990 : le processus de privatisation est engagé (pas de temps à perdre).
1993 : inauguration de l’Archipel. La Lyonnaise des eaux a versé à la ville « un droit d’entrée » s’élevant à 96 millions de francs. Une grande partie de cette somme servira à construire l’Archipel .
Le travail remarquable effectué par quelques personnes du « Comité des usagers de l’eau et de l’assainissement » arrivera après de longues années à prouver que les usagers de l’eau payaient sur leur redevance le remboursement des « droits d’entrée » de la Lyonnaise des Eaux. Le tribunal leur donnera raison en 2001/2002 : « Le prix de l’eau est illégal à Castres ».
Faisons connaissance avec Jérôme Monod : une carrière politique qui se confond avec une carrière industrielle. Jugez plutôt : 1975/76 : directeur de cabinet de Jacques Chirac alors Premier ministre. 1976/78 : secrétaire général du RPR . 2000/2007 : conseiller politique de Jacques Chirac, bureau à l’Elysée. Election présidentielle de 2002, création de l’UMP.
Mais que fait-il donc entre 1980 et 2000 ? PDG puis président du Conseil de surveillance de la Lyonnaise des Eaux, fusionnée en 1990 avec Dumez ( BTP) , (le maître d’œuvre de l’Archipel ) puis Suez (1997).
On se souvient , entre autres, 1994, le maire RPR de Grenoble, Alain Carignon, est accusé d’avoir reçu 21 millions de francs d’une filiale de la Lyonnaise des eaux en échange de la concession d’eau de la ville. Affaire connue sous le nom de « Pacte de corruption », le tribunal condamne en 1995. Vous me direz, il n’y a aucun rapport avec Castres…
1995 : la loi Balladur interdit le financement des partis et des campagnes électorales . J.Monod instaure une « charte éthique » et interdit tout financement alors que se préparent les élections municipales…que la gauche gagne à Castres.
1989/1995 : ce fut vraiment une période de rêve pour la droite mais comme vous le savez déjà …le ver était dans le fruit ( juteux pour certains)…

Dans le contentieux qui oppose la Ville de Castres à La Lyonnaise des eaux depuis de très longues années, l’expert choisi par le Cour d’appel administrative de Bordeaux vient de rendre son verdict : la note est salée, 29 millions d’euros à payer pour Castres.

Après plus de 8 mois d’innombrables réunions, de communiqués de presse à répétition, de tractations diverses et variées, d’avancées et de reculs, entre la Lyonnaise des eaux et la municipalité, le grand jour est enfin arrivé ( sonnez hautbois, résonnez trompettes).
J’interviens alors pour affirmer : « Il n’y a pas de félicitations à décerner au Maire , il y a à lui rappeler politiquement, sa propre responsabilité en 1990, lors de la privatisation ». J’explique ensuite la stratégie adoptée par le groupe socialiste au cours des derniers Conseils municipaux, à savoir : « Essayer d’allier ce que l’on appelle l’éthique de responsabilité et l’éthique de conviction (…) Au cours du mois de juin 2003, nous avons posé un certain nombre de questions légitimes, il s’agissait de savoir si vous mesuriez bien les conséquences financières pour le budget de la ville(…) Est ce que la Ville honorera ses engagements en ce qui concerne la pérennité des emplois des salariés concernés ? »