Articles portant l'étiquette ‘retraite à 60 ans’

Avec Alain, Philippe … et tous les autres

 

Communiqué des organisations syndicales 

Ensemble pour l’avenir des retraites et le progrès social,

Ensemble contre la criminalisation de l’action syndicale ! 

En 2010, ensemble CGT, CFDT, FO, FSU, UNSA, SOLIDAIRES, CFTC et CFE-CGC avons engagé une bataille contre un projet de réforme des retraites qui reste injuste et inefficace. 

Nous avons organisé de nombreuses actions et manifestations qui ont permis une mobilisation sans précédent. 

Dans le Tarn, ce sont plusieurs dizaines de milliers de salariés, retraités, privés d’emploi qui se sont mobilisés à Albi, à Castres et ailleurs dans le département. 

C’est un mouvement de fond, soutenu par plus de 70 % des citoyens français qui estiment comme légitime les actions pour la défense d’une retraite juste pour tous. 

C’est dans ce cadre que les organisations syndicales ont organisé fin octobre 2010 un rassemblement symbolique et pacifique à l’aéroport de Castres pendant moins de 2 heures. 

Il y a quelques semaines un militant syndical CGT  a été convoqué par la gendarmerie pour être questionné sur ce rassemblement à l’aéroport. Aujourd’hui un autre militant est convoqué au commissariat de Castres le mercredi 16 février. 

Cette situation n’est pas acceptable. Elle montre que le patronat (via la plainte déposée par la CCI) et le gouvernement tentent de criminaliser le mouvement social et l’action syndicale pour intimider l’ensemble du monde du travail. 

Ce n’est pas en essayant d’isoler quelques militants syndicaux que l’on remettra en cause la solidarité, la détermination et la volonté revendicative du monde du travail et de ses représentants. 

Ensemble nous nous battons pour l’avenir des retraites et le progrès social.

          Ensemble nous nous battons contre la criminalisation de l’action syndicale !! 

Nous appelons nos syndicats, nos militants, les salariés et l’ensemble des citoyens à un rassemblement : 

Le mercredi 16 février

à 16 h 30

devant l’hôtel de police de Castres

Av Charles de Gaulle

 

Les 5 élus conseillers municipaux du groupe « Castres A Gauche Vraiment » seront présents au rassemblement et apportent leur soutien à Alain , à Philippe et à tous les syndicalistes inquiétés pour défendre les droits les plus élémentaires des travailleurs.

Pour plus d’information, on peut lire l’article paru dans ce blog, le 28 janvier : Excès de zèle à la CCI

 

Tarn Sud : un mouvement social est né

Samedi 6 novembre, nous étions 5 000 dans les rues de Castres (c’est à dire plus que la manifestation du 23 septembre). C’est dire que les Sud Tarnais ont de la constance et surtout la tête dure… Ils s’obstinent malgré celles et ceux qui dans les grands médias répètent en boucle (il est vrai depuis plusieurs semaines) « A  quoi bon manifester ? ».

Alors, une nouvelle fois avec chaleur et détermination, nous étions là contre les injustices sociales et en particulier cette contre-réforme des retraites et ce n’est pas fini !

Ce blog a depuis début septembre, comme tout cela paraît bien loin déjà, consacré 20 articles à cette mobilisation sans précédent dans notre Sud Tarnais. Ces articles sont aujourd’hui rassemblés dans une catégorie spécifique : «  Retraites : Sud Tarn, un mouvement social est né ».

Vous lirez ci-dessous une première analyse de ce long mouvement qui ne demande qu’à être enrichie de diverses contributions, accompagnée de photos de la manifestation du 6 novembre. J’ai volontairement laissé de côté une analyse plus politique, celle-ci interviendra ultérieurement.

 

« Du jamais vu… »

Il faudra du temps, le recul nécessaire, divers et nombreux débats, rencontres et échanges fructueux, pour tenter d’analyser ce qui s’est passé depuis le 23 septembre dans notre ville de Castres et dans tout son Bassin de vie. Tentons tout de même de nous frayer un chemin vers la compréhension d’un mouvement social ( appelons le local) sans précédent.

Un mouvement qui n’a cessé de surprendre : «  Du jamais vu… » C’est l’expression qui revenait le plus souvent. Oui, « Du jamais vu … » 

Un mouvement social qui prend naissance dés septembre et qui ira sans cesse en s’élargissant durant 2 mois. Bien sûr il a fallu le patient travail militant sans lequel rien n’aurait été possible.

 « Du jamais vu… » . 7 manifestations à Castres regroupant à chaque fois entre 4 000 et 11 000 personnes. Certaines avec une journée de grève (le mardi ou le jeudi), d’autres le samedi permettant à celles et ceux qui ne pouvaient arrêter le travail d’être présents (bien souvent avec toute la famille).

Quel beau symbole d’une démocratie vivante et citoyenne que celle qui s’exprime avec chaleur et enthousiasme dans les rues de la sous-préfecture.

La Droite dont le seul objectif est de vouloir diviser, faire disparaître tout lien social, a échoué.

Pendant deux mois, et ce n’est pas fini, dans la rue, unité des salariés du privé et du public de toutes conditions, de l’ouvrier et bien souvent aux techniciens ou cadres , unité entre les générations, lycéens et retraités, unité avec les chômeurs et ils sont particulièrement nombreux dans notre Bassin d’emplois, et faut-il le souligner, une présence massive des femmes.

Unité syndicale maintenue envers et contre tout …

De nombreuses entreprises et non des moindres étaient représentées.

Pour n’en citer que quelques unes : la COMAU, la SEPPIC, les Labos Fabre, la Tarnaise des panneaux, etc…sans compter ouvriers ou employés de nombreuses petites entreprises en particulier textiles, les trois Fonctions Publiques, hôpital, mairie, Education Nationale, la Poste, la SNCF, EDF, GDF, et puis France Télécom et puis …et puis…

Jamais dit-on, autant de professions ont été mobilisées en même temps, jamais autant de métiers se sont côtoyés.

« Du jamais vu… », la multiplicité des actions, « un conflit multiforme » , des barrages filtrants à l’entrée des zones de Mélou ou du Siala à l’occupation (pacifique) un matin dés l’aube de l’aéroport du Causse, des grèves reconductibles par  secteur, enseignants, cheminots, il faudrait pouvoir évoquer les heures de débrayage dans un certain nombre de petites entreprises.

«  Du jamais vu… » malgré toutes les tentatives du pouvoir de vouloir diviser et discréditer ce mouvement (provocations diverses, désinformation de certains grands médias, …), celui-ci a reçu jusqu’au bout un large soutien de l’opinion publique.

Un mouvement social est né dans le Sud-Tarn , il a pris conscience de sa légitimité et de sa force (ce qui n’était jamais arrivé) et ce faisant il s’est senti chaque jour un peu plus déterminé. 

 Il faudra encore compter avec lui , chaque salarié ou non en manifestant à Castres, en venant de Mazamet ou de Labruguière, d’Aussillon ou de Saïx… sait qu’il n’est plus isolé.

Sa confiance en lui-même décuple ses forces pour  résister aux discours dominants ou aux mauvais coups de la Droite.

Un nouveau paysage social apparaît à l’inverse des images d’Epinal (images qui désignent une vision traditionnelle et naïve des choses ) véhiculées trop souvent pour la Ville de Castres.

C’est le 23 septembre que l’Union Locale CGT prenait la décision (après la manifestation départementale à Albi du 7 septembre) d’appeler à une manifestation à Castres.

Le défi à relever n’était pas évident : « Du jamais vu… » . Pour une première, il y eut 4 000 manifestants.

Par la suite, l’intersyndicale appela dans l’unité à manifester à Castres.

Le mouvement social était né à l’échelle de toute notre agglomération.

" A trop vouloir mettre ses oeufs dans divers paniers (perçés), on finit par les recevoir sur la façade de sa permanence" Confucius

Il ne faut rien comprendre à l’ampleur de ce mouvement pour ne pas voir qu’à travers le dossier des retraites, il exprimait un profond rejet de toutes les inégalités et injustices sociales qui ne font que s’aggraver .

Il ne faut rien comprendre pour ne pas sentir cette forte aspiration à se rassembler, « le plaisir du tous ensemble ».

Alors l’hebdomadaire Valeurs actuelles (dont je préfère ne pas savoir à quel groupe il appartient et quel est son président) peut titrer :

«  Ils ont perdu », nous savons et d’ailleurs, la Droite également, que ce mouvement (passer d’une acceptation résignée en juin à une contestation majoritaire en octobre) est une victoire. 

 « La question sociale » est posée avec force.

C’est la leçon majeure de ce conflit.

Comme l’écrivait Jean Jaurès : «  La République sera sociale ou ne sera pas » .

 

Ce mouvement à Castres et dans tout son Bassin d’empois  participe à la construction d’une «  République sociale » chère à Jaurès.

 

Retraites : et maintenant le 2ème souffle

LE PLAISIR DU « TOUS ENSEMBLE »

 

Je ne vous cacherai pas une petite baisse de moral à quelques heures du départ de la manifestation.

L’on a beau se dégager autant que faire se peut , de l’opération «  bourrage de crâne » des grands médias, il n’en reste pas moins pénible de subir de TF1 à France 2  les éternelles questions perfides d’un certain nombre de journalistes.

Le verbe essouffler restera à l’évidence le marqueur de cette droite apeurée par le mouvement social. 

Qui n’a pas entendu  depuis maintenant deux mois « le mouvement de contestation s’essouffle » , « dernière ligne droite ou nous sommes  à un tournant » voire même «  le conflit touche à sa fin » ?

A les entendre, il n’y avait que « visages résignés, fatalistes, déprimés » . Avouez qu’il n’y a pas de quoi alors être particulièrement optimiste.

Bon, à Castres, après tous les efforts déployés depuis le 23 septembre, si nous sommes 3 000 , l’honneur sera sauf !

Intoxiqué comme je suis, eh oui, par la désinformation ambiante et la manipulation.

Extraordinaire, nous étions sans doute plus de 7 000 dans les rues de Castres .

La tête de la manifestation arrivait devant l’église Saint Jean Saint Louis quand la fin de celle-ci était toujours boulevard Carnot, autre étalon de mesure cette fois ci entre le Pont Neuf et le pont Miresdames, les manifestants pouvaient se saluer.

Certains se pincent encore pour le croire ,oui, oui, dans les rues de Castres !

Je l’ai souvent écrit : c’est tout un Bassin d’emplois qui prend conscience de sa force.

 Cette prise de conscience que tout simplement le peuple existe, eh oui, la découverte qu’il y a des êtres humains derrière les machines, derrière les bureaux , etc…

Je n’ai vu pendant 2 heures que des sourires «  il faut y être, il faut en être ».

Je n’ai vu qu’une combativité intacte et maintenue. Je n’ai vu que détermination et volonté à poursuivre la mobilisation.

En un mot, je n’ai vu que le plaisir du «  tous ensemble ».

Alors Valeurs actuelles et autres Figaro peuvent bien titrer avec leur hargne habituelle  : «  Ils ont perdu ».

Il y a toujours , malgré les vacances scolaires, malgré le vote de la loi, malgré la désinformation, malgré les tentatives diverses et variées de déstabiliser et de décrédibiliser ce mouvement , entre 65 et 70 % de soutien de l’opinion publique. 

 Sans parler du formidable élan de la solidarité  financière.

Le mouvement continue aussi fort qu’auparavant. 

Le 6 novembre, nous battrons le record de participation dans les rues de Castres.

Eh oui, le moral revient.

Petit clin d’œil : un indice parmi d’autres que le mouvement va durer, la CGT COMAU vient d’investir dans une belle banderole.

 Amis et camarades, faites comme ceux de la COMAU, délaisez vos actions et autres obligations,  » redynamisez votre portefeuille » ( comme on dit dans le Nouvel Obs), faites un bon placement pour le présent et pour …l’avenir. Investissez dans une banderole !

A noter, la présence régulière d’élus de l’opposition de la municipalité de Castres et bien au-delà .

J’aperçois fréquemment le Maire de Labruguière, quelquefois celui d’Aussillon, de Saint Amans Soult, de Soual… des conseillers municipaux de Saïx, de Labastide Rouairoux…désolé car j’en oublie beaucoup.

Des responsables des partis politiques de Gauche sont aussi présents, parmi eux, le PCF de Castres distribuant un tract dont le titre vaut démonstration : «  Pascal Bugis, Philippe Folliot : loin des yeux, loin du peuple ».

A lire : l’hebdomadaire Politis de cette semaine(28 octobre/3 novembre) , dossier complet concernant la face cachée de cette contre-réforme .

 Quels sont les véritables commanditaires de celle-ci ?

 Au delà du MEDEF, il y a , à l’évidence les marchés financiers et plus précisément  les banques et autres assurances où l’on retrouve Guillaume Sarkozy, PDG du groupe Médéric. 

 

Celui-ci a conclu un partenariat avec la Caisse des Dépôts et sa filiale CNP, créant une nouvelle société la  Sevriena (un hasard ? bien sûr que non)

 

 

 Comment faire main basse sur l’épargne des Français ?

 En déstabilisant les retraites par répartition, un marché prometteur estimé entre 40 et 110 milliards

(comme dirait son frére Nicolas : «  Ensemble, tout devient possible »).

 

Manifs retraites : coups tordus ou pas ?

Mise en place d’une stratégie de la tension.

 

Jean Baptiste Prévost président de l’UNEF écrit : «  Je m’interroge : est ce que les préfets n’ont pas eu la consigne de faire monter la tension avec les jeunes de manière à montrer quelques images spectaculaires en fin de JT  pour marquer des points dans l’opinion ? »

 

Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT déclare dans une longue interview parue dans le journal Libération ( 27/10) : «  La présence de policiers en exercice, camouflés sous des badges syndicaux, à Lyon,  à Paris, ne fait aucun doute.

Des manipulateurs s’infiltrent et poussent au crime, dans des piquets de grève, des manifestations, des occupations de ronds-points, violentent les situations en fin de manifs, pour avoir des images chocs pour la télé et créer un climat de tension. On a vu des policiers avec des badges CGT repérés par les nôtres, qui se réfugient dans un hall d’immeuble et finissent par se faire exfiltrer par des CRS. »

Le sociologue des médias François Jost répond à la question suivante : «  Quelles différences relevez vous entre les journaux télévisés, de radio et de presse ? ». « La différence est très simple, c’est toujours l’image. Par exemple, dire à la radio qu’il y a eu quelques problèmes à la fin d’une manifestation n’a pas du tout le même impact que de montrer , comme on l’a vu sur France 2, des pavés envoyés par des jeunes et des CRS qui ripostent. »

Ces accusations sont préoccupantes et surtout très graves. Jean-Luc Mélenchon, responsable du Parti de Gauche avait apporté nombre de témoignages sur une chaîne de télévision.

Rien de nouveau diront les plus anciens qui ont connu les années 70 , la droite dure de Marcellin, le SAC ( Service d’Action Civique, gaulliste, de triste renommée), etc…

La droite actuelle renoue-t-elle avec ces pratiques inadmissibles ? On peut pour le moins s’interroger.

Il est utile de prendre connaissance des articles parus sur le site d’information Rue 89, « Policiers infiltrés à Lyon : le préfet lance une enquête » et d’une tribune sur le même site : « Manifs : casseurs ou provocateurs infiltrés. Questions dérangeantes ».

Des ordinateurs disparaissent, ils ont été volés dans les locaux de l’hebdomadaire Le Point, du quotidien Le Monde et du site Médiapart. Mais quel est donc le point commun qui relie ces vols ?

C’est simple : les journalistes de ces 3 médias enquêtent depuis des mois sur l’affaire Bettencourt devenue affaire Woerth et qui menace jusqu’à l’Elysée. L’œuvre d’officines ?

Mais me direz vous, cela n’a aucun rapport avec ce que vous venez d’écrire précédemment. Ah bon !

Heureusement, notre bonne ville de Castres n’est pas concernée . Pourvu que ça dure !

Rappel : manifestation    jeudi 28 octobre   CASTRES

16h30 sous-préfecture

 

Retraites : avec Mme Flora

C’est pour toutes les Mme Flora de France que je manifesterai à nouveau dans les rues de Castres jeudi 28 octobre à partir de 16h30.

 

Je dédie ce magnifique et poignant texte paru dans le journal Le Monde ( du 12 /10) à ce patron d’une entreprise de la zone de Mélou qui à bord d’un très joli 4/4 aux vitres teintées, a tenté vendredi dernier, jetant un tract chiffonné avec rage par la fenêtre de son véhicule, de forcer un barrage filtrant organisé par des syndicalistes.

Je le dédie également à toutes celles et tous ceux qui n’ont que le mépris à la bouche envers les plus faibles.

Je le dédie enfin à tous ceux dont la suffisance et l’arrogance ne sont plus supportables, ceux qui pensent qu’en humiliant ouvriers et employés croient  servir leur pays , en un mot ceux qui acceptent l’accroissement de profondes inégalités sociales.

Que la lecture de ce texte réveille une part, si c’est possible, de leur humanité.

Face à la retraite, l’usure des corps

Madame Flora est femme de ménage dans un collège. Tous les jours elle fait le ménage de cinq classes, trois bureaux, deux couloirs, deux halls et un escalier. Le seul point d’eau se trouve au rez-de-chaussée. Elle doit donc monter ses seaux d’eau par l’escalier où les bandes antidérapantes ont été arrachées depuis longtemps. Son chariot de ménage se trouve en revanche au premier étage. Elle préfère descendre son équipement à la main. La descente du chariot par les escaliers est périlleuse et lui a déjà valu un accident de travail lorsque la totalité du chariot a basculé sur son pied droit.

 

Le sol est un lino usé sur lequel elle effectue un balayage humide, mais en hiver, elle doit le laver tous les jours à grande eau ; elle se sert alors d’un balai à franges, qui se manipule en effectuant des mouvements en huit sur le sol. Puis on essore les franges dans le chariot à presse en appuyant très fort de façon répétée. Ce balai à franges a été introduit il y a plusieurs années dans les services de nettoyage, où il est venu remplacer le vieux balai-brosse. Heureusement Madame Flora a conservé la brosse, qui lui permet, périodiquement, chaque fois que le lave-linge du collège tombe en panne, de brosser vigoureusement, et à la main, les lavettes à franges.

Madame Flora nettoie de cette façon environ 1 500 m2 tous les jours, car elle travaille dans le plus gros collège de la ville. Pour laver par terre, elle bascule les chaises sur les tables afin de libérer le sol. Vers 11 heures, elle rejoint le service de restauration où sont servis chaque jour 700 repas, elle empoigne les piles d’assiettes, met les plats en chauffe, soulève les paniers à vaisselle, puis nettoie le réfectoire à grande eau après avoir retourné une par une les chaises sur les tables. Elle alterne cette tâche avec la grosse plonge, c’est-à-dire la vaisselle des plats et casseroles diverses.

Madame Flora fait ce travail depuis vingt-cinq ans. Elle a commencé à travailler à l’âge de 16 ans comme bonne à tout faire chez des voisins. Puis elle a fabriqué des ceintures en cuir dans une petite usine de la région, à la chaîne, dans un vacarme assourdissant. Elle y est restée trois ans, a connu le chômage, puis elle a élevé trois enfants. Madame Flora ne m’a jamais dit que son métier était pénible. Lorsque je l’ai convoquée pour sa consultation, elle a demandé à changer l’heure afin de ne pas « gêner le travail ». La secrétaire n’est pas parvenue à la convaincre que cette visite médicale était un droit, et qu’elle se déroulait, précisément, pendant ses heures de travail. Elle s’est montrée surprise de mes questions, et m’a dit d’un ton fatigué « ah ! mais alors, il faut tout vous expliquer ».

En l’examinant, j’ai constaté que j’arrivais un peu tard. Madame Flora ne fait pas exception à la règle de trois diabolique qui veut qu’une ouvrière d’usine qui travaille vingt ans comme femme de ménage ne puisse plus enfiler une manche ni s’habiller seule lorsqu’elle part à la retraite. J’ignore combien vaut son épaule opérée deux fois, son coude troué et son pouce déformé, je ne sais pas ce qu’ils valent, mais je sais exactement ce qu’ils coûtent : dix-huit mois d’arrêt de travail pour l’épaule deux fois de suite, quarante semaines de rééducation, 8 infiltrations dans le coude, 4 scanners, 2 IRM, puis un minimum de trois mois d’arrêt par an les bonnes années, 5 hospitalisations en service spécialisé. Je passe sur une surdité professionnelle de l’oreille droite, non déclarée et non reconnue, qui aurait besoin d’être appareillée.

Des morceaux de son corps jonchent ainsi son parcours professionnel, et j’apprends aujourd’hui que s’il se disloquait un peu plus, elle pourrait peut-être ne pas travailler au-delà de 60 ans. Une sorte de prime à la casse, mais sans la bagnole. Votre carcasse est trop usagée, vous pouvez dégager. En revanche, on ne pourra pas vous proposer de carcasse neuve. Alors ça nous fait deux fois l’épaule, mais comme c’est la même, ça compte pour une seule, le pouce est guéri et le coude reste plié, mais c’est le coude gauche, et vous êtes droitière. Ce n’est pas Madame Flora qui fera remarquer que l’on tient un balai des deux mains, surtout lorsqu’il faut faire des mouvements en huit. On ne va pas arriver à 10 % avec ça.

Ce n’est pas Madame Flora qui dira que son travail est pénible, surtout avec encore deux ans de crédit à rembourser. Son travail elle l’adore, parce qu’il y a les enfants, parce que c’est « son » collège, parce qu’elle y retrouve depuis des années les mêmes femmes dont elle partage l’histoire. Mais surtout, elle a tout simplement besoin des ressources de son travail pour assumer une situation des plus banales : un mari chauffeur routier actuellement au chômage, deux enfants qui vivent chez elle et font des études. Ensemble nous parvenons à aménager son poste de travail pour qu’elle puisse continuer à travailler sans se mettre en danger.

Au collège, elle pourrait occuper à temps partiel un poste de standard et d’accueil, réceptionner les livraisons tous les matins, raccompagner les visiteurs et les parents. Ce serait toujours ça de ménage en moins. L’après-midi, on pourrait s’arranger pour qu’elle travaille en rez-de-chaussée, et qu’elle ne manutentionne plus les chaises. Elle les poussera, ça ira. Avec l’intendant du collège, je parviens à la faire dispenser de restauration, elle restera à la loge, où justement, à cette heure-là, il n’y a personne. Elle ne récupérera pas la mobilité de son épaule, mais elle n’aura pas de nouvelles lésions, et son coude ne rechutera pas. Grâce à cet aménagement de poste, sa situation est réglée.

Cet aménagement de poste a pu être obtenu car Madame Flora travaille pour un collège, c’est-à-dire dans le service public. Ses collègues qui nettoient les bureaux et les sanitaires collectifs des entreprises implantées juste en face du collège, les intérimaires des services de nettoyage qu’elle croise le matin vers 5 heures en partant travailler, n’auront pas de poste aménagé si elles ont un problème de santé lié au travail. Elles seront rapidement licenciées et resteront au chômage. Les collègues de Madame Flora sont sans aucune alternative. Ce ne sont pas des salariées usées en quête d’une retraite anticipée, mais des chômeuses qui cherchent du travail. Qui paiera leur retraite si elles restent au chômage plus de dix ans ? Le projet de loi actuel sur les retraites ne le dit pas.

Madame Flora fait-elle un métier pénible ? Est-ce pénible de travailler quarante ans sur la voie publique en étant soumis aux vibrations d’un marteau-piqueur ? Est ce pénible de soulever des bornes de 200 kg ? Est-ce pénible de ramper dans un vide sanitaire, ou de réparer une carrosserie ? Un enfant de 5 ans saurait répondre à cette question. Il saurait montrer du doigt, sur les pages d’un abécédaire, les métiers difficiles : il reconnaîtrait le maçon, le déménageur, le couvreur, le plombier l’aide-soignante, le pompier, l’égoutier, la femme de ménage. Il remarquerait que ces corps-là, au travail, ne sont pas assis sur un siège, mais accroupis à genoux sur la voie publique, pliés sous un chauffe-eau, perchés en haut d’une échelle, courbés en avant sur un évier.

Ces gestes du travail qui définissent la pénibilité de certains métiers sont parfaitement décrits par les chercheurs, les ergonomes, les médecins du travail, les médecins-conseils, les ingénieurs en prévention, les médecins généralistes, et figurent dans toutes les publications professionnelles. Même le législateur les connaît, qui les a répertoriés et décrits en détail dans les tableaux de maladies professionnelles.

 

Le projet de loi sur les retraites ignore ce savoir. Pour juger de la pénibilité d’un métier, il est prévu, en bout de chaîne, de mesurer l’usure professionnelle d’un travailleur. On crée pour ce faire une commission d’usurologues. Peu importent les gestes devenus impossibles, les mouvements limités par la douleur, le manque de souplesse, le vieillissement forcé du corps. Seuls comptent la lésion et son score. L’amputation des gestes reste invisible. L’incapacité permanente partielle ou « taux d’IPP » ne mesure que les séquelles d’une blessure au travail. Peu importent aussi les effets retards, liés à certaines expositions : cancers professionnels liés aux goudrons, benzène, solvants, amiante. Ces expositions qui distinguent radicalement certaines catégories de travailleurs, qui sont à l’origine d’une inégalité repérée devant la santé, le vieillissement, la maladie et la mort, sont ignorées.

On renverra donc au travail, et le plus souvent au chômage, des personnes usées par les gestes du travail mais aussi des personnes multi-exposées, dont on sait de façon scientifique et statistique qu’elles développeront des pathologies qui raccourcissent leur espérance de vie. Pas un mot sur les responsabilités de l’employeur. Pas une ligne sur l’obligation qui pourrait lui être faite, dans un contexte où l’on ne parle que d’allonger la durée de travail, d’aménager des postes et de mettre en place des reclassements. Pas la moindre injonction à prévenir, au sein de l’entreprise, le devenir de ceux dont on ne parle plus nulle part : les ouvriers, les artisans, les manutentionnaires, les agents de nettoyage. Au plus haut niveau de l’Etat, on ignore leur existence. On les redécouvre dans la rue, à l’occasion des manifestations contre la réforme des retraites, avec un écriteau laconique comme celui-ci : « Je vieillis plus vite que mon âge. »

Pour décrire les gestes d’un poste de travail, pour identifier les expositions aux risques, pour reconstituer les parcours professionnels et par là même les expositions des travailleurs, il faut quelqu’un pour interroger, examiner, vérifier, étudier le poste de travail, lire les fiches de sécurité, repérer les pathologies professionnelles. Il faut un médecin du travail. C’est précisément au sein du même texte législatif qu’il est question de faire disparaître ce rôle spécifique du médecin du travail. Sa légitimité et son autorité, puisqu’il sera de toute façon placé sous l’autorité d’un chef de service de santé au travail, lui-même sous l’autorité de l’employeur. Si médecin du travail il y a, ses missions seront définies par l’employeur, et non par la loi. Et afin d’être bien clair, on supprime au passage la clause d’autonomie qui doit figurer dans le contrat d’un médecin du travail.

Qui s’occupera d’aménager le poste de travail de Madame Flora ? Qui signalera qu’il n’y a pas assez d’aide au port de charges dans l’entreprise ? Qui accueillera un salarié atteint de cancer à son retour pour examiner avec lui comment son poste de travail doit être organisé ? Qui pourra témoigner au sein de l’entreprise d’une méthode qui consiste à fixer de nouveaux objectifs de productivité sans donner aux salariés les moyens de les atteindre ? Qui affirmera que ce mode d’organisation génère des troubles psychiques et des suicides ? Personne. Personne pour voir, donc personne pour savoir. Personne pour nommer, pour recenser, pour entendre. Personne pour rechercher, établir, documenter une maladie professionnelle dont on devrait observer bientôt une disparition progressive. Les maladies professionnelles disparaîtront en même temps que les médecins du travail. Sans travail clinique, sans observation des gestes du travail, il n’y a plus de maladies professionnelles. Quant aux accidents du travail mortels – deux par jour en France – qui en analysera les causes, autrement que de façon mécanique ? Est-ce la même chose de tomber d’une échelle si l’on est en conflit avec son chef d’équipe, si l’on n’a pas de chaussures adaptées, ou si l’on prend un traitement qui contre-indique le travail en hauteur ?

Ainsi, pour réformer les retraites, on table sur une société imaginaire où les ouvriers n’existent plus, et où les cadres de plus de 50 ans sont tous au travail. Pour régler la facture, on s’adresse en tout premier lieu à des chômeurs. En second lieu aux travailleurs exerçant des métiers dont les tâches ne peuvent physiquement être exécutées à n’importe quel âge, dont le poste de travail doit nécessairement évoluer, sous la responsabilité, voire à l’initiative, de l’employeur. Cette responsabilité n’est pas mentionnée. Au contraire, on distribue au passage une prime à la casse et non à la prévention. On nie tout à la fois la réalité des disparités sociales, la réalité des inégalités au travail et la réalité des corps. Pense-t-on que l’on va maintenir de force au travail des gens qui ne peuvent plus faire leur métier ? Ils seront contraints de quitter le monde du travail bien avant de pouvoir toucher une retraite à taux plein. Quant à ceux qui resteront, c’est bien avec leur corps qu’ils paieront leur retraite. 

 


 

Depuis les dispensaires de Médecins sans frontières jusqu’au droit à la santé des sans-papiers, Noëlle Lasne n’a cessé d’être confrontée à la question des métiers pénibles.

Membre du comité de rédaction de la revue « Pratiques », Noëlle Lasne a contribué à La santé des malades, ouvrage collectif (2009) du centre d’études de l’emploi, sous la direction de Serge Volkoff.

 Noëlle Lasne, médecin du travail

 

 - Les trois photos ci dessus illustrent l’action menée mardi matin à l’aéroport Castres-Mazamet. Une centaine de syndicalistes se sont donnés rendez vous dés 6h pour bloquer le décollage de l’avion Castres-Paris. Leur nombre et leur détermination n’ont pas permis aux gendarmes présents d’empêcher que l’initiative soit réussie. L’avion qui devait prendre son envol à 6h30 était toujours cloué au sol à 7h30. Les passagers avaient rebroussé chemin. Cette action se voulait un acte de protestation envers le député de la 3ème circonscription du Tarn, Philippe Folliot, qui a voté la réforme des retraites, celui-ci prend habituellement cet avion.

( Photos NPA)