Aux côtés d’Edwy Plenel et de Médiapart
Publié dans i) Coups de projecteur (79), le 08/07/2010 à 7:00, par Philippe Guerineau« Personne n’aime le messager porteur de mauvaises nouvelles » Antigone de Sophocle
A travers ce blog j’ai évoqué à plusieurs reprises le journaliste Edwy Plenel mais aussi les nombreux livres qu’il a fait paraître à partir des années 90. Dans l’un d’entre eux : « Un temps de chien » (1994), il écrivait :
« On ( les journalistes) peut choisir de faire l’autruche, refuser de se salir les mains et de prendre des coups en cherchant à comprendre ce que cela nous dit sur notre époque et sur nos sociétés. On peut aussi penser que nous n’avons pas le choix, que si nous voulons remplir notre mission, qui est de rendre intelligible le présent pour maîtriser l’avenir, il nous faut bien visiter les coulisses du spectacle.
Sinon, nous ne serons plus que les porte-voix des apparences, des convenances et des bienséances, otages d’une communication qui est l’ennemie de l’information, reflets dociles des pouvoirs en place, de leurs discours maîtrisés et de leurs mensonges calculés. »
Il ajoutait : « Une sourde défaite menace donc le journalisme. Pour l’éviter, nous n’avons guère le choix. Il nous faut restaurer l’événement, ses ruptures et ses crises, ses surprises et ses inventions, ses prises de conscience et ses mises en mouvement. Restaurer l’information dissidente contre le fait accompli, la liberté indocile de la première contre la douce dictature du second. Restaurer la nouvelle qui fait sens contre le communiqué qui fait silence. La révélation qui dérange contre la communication qui arrange . »
Que dire aussi de ces lignes écrites en 1994 et qui sont d’une cruelle actualité ? « Quand la République se résigne à être scandaleuse, quand la démocratie ne se veut plus vertueuse, quand l’éthique laisse place au cynisme, quand la marchandise dicte la loi, on ne peut prétendre à la neutralité. Acteur autant que spectateur, le journaliste doit choisir son camp. »
« Pas vu, pas pris »
On comprend mieux le déchaînement de haine des ténors de la Droite contre le site Médiapart « méthodes fascistes » pour X.Bertrand, « presse d’extrême – droite » pour C.Estrosi. Bien sûr il y a une part d’écran de fumée et de diversion mais il faut avant tout disqualifier et faire taire un site par lequel des vérités indéniables de « conflits d’intérêts » sont apparus dans l’affaire Woerth.
Le comité de rédaction du site a donc porté plainte pour diffamation contre X.Bertrand. L’affaire Woerth qui comme chacun sait aujourd’hui, montre en plein jour la collusion entre les dirigeants politiques de Droite et les milieux d’affaires avec tout ce que vous connaissez déjà : évasion et fraude fiscale, financement illégal de partis politiques…Pour le moins de nombreuses questions se posent, manifestement il faut réduire au silence ceux qui les posent. Toucher au cœur du système ou même s’en approcher est intolérable pour la Droite.
On se souvient que le site Médiapart avait également posé des questions au sujet de l’affaire Karachi et des rétro commissions (tout est fait dans cette affaire également pour que les journalistes et la justice n’accomplissent pas leur devoir).
C’est une affaire d’Etat et cette Droite est prête à tout quand on touche à l’essentiel. Crise sociale, crise financière, crise civique, aujourd’hui, crise politique, le système Sarkozy où tout est permis : du contrôle de l’information au contrôle de la justice, arrive à son terme .
Mais seule une réelle alternative à Gauche peut permettre au Peuple Français de retrouver au plus vite les valeurs de la République. En attendant, il est du devoir de chacun de soutenir la liberté de la presse , de soutenir le site d’information Médiapart et son co-fondateur Edwy Plenel.
